Ilim: Seigneurs de Nalrade

When die, go?

Arc du chevalier Yannick

Alors qu’il dormait, l’on vint frapper à sa porte et la voix familière de Shida l’interpella:
- Yannick?
Se levant, encore fatigué, il se dirigea vers la porte, lançant un “Oui?” avant de l’ouvrir.
Là, se tenait Shida, et derrière elle, Aria.
Il les regardant un instant avant de s’attarder sur Shida et de lui demander si elle avait besoin de quelque chose?
- Bradley m’a dit te transmettre ceci. Et que tu voulais peut être me parler, annonça-t-elle en tendant des feuilles sur lesquelles des esquisses étaient dessinées.
Le jeune homme saisit les papiers, les examinant un peu avant de la regarder:
- Bah… Savoir si tu vas bien… si cette vie te… convient? Bradley est pas très bavard à ton sujet, donc je profère te parler directement.

Shida jeta un petit regard à Aria qui l’observa un instant avant de soupirer et de s’éloigner de quelques pas. Elle reprit:
- Il me traite convenablement. Il est très occupé, mais je n’ai jamais vraiment pensé le contraire au vue de sa position. Il est absorbé par son travail. Ton bras va mieux?
- Je vois… J’espère que ça ira, déclara-t-il en suivant du regard Aria puis en le reposant sur l’autre jeune femme.
Puis, il observa son bras gauche, tentant de le faire bouger. Un spasme encourageant le parcourut.
Il en était le premier surpris avant d’annoncer:
- ça s’améliore disons.
- Tant mieux. J’espère aussi que ça ira, je suis un peu nerveuse… mais c’est normal, je pense. Je n’ai eu l’occasion de te remercier non plus, convenablement disons, dit-elle tout en plongeant la main dans son bustier pour en retirer un collier.
- Me remercier? Me remercier de quoi? Je passe mon temps à t’embarquer de mésaventure en mésaventure.
Elle secoua la tête.
- Disons que ça m’a fait du bien de… faire autre chose et de rencontrer des gens. Je ne serais pas là si tu n’y avais pas veillé. Tu n’as pas voulu répondre à la question du comte qu’il t’a posée à la joaillerie. Disons que c’est un cadeau commun pour m’avoir aidé.

Le rubis était d’assez petite taille mais encastré dans un pendentif sobrement décoré. Dès l’instant où il l’aperçut, il sentit une attirance étrange et il lui semblait briller légèrement.
Opinant nonchalamment, il répondit que vu comme ça… Puis il plissa les yeux, ressentant l’attirance de la pierre. Il demanda s’il s’agissait d’une vitis? Mais Shida répondit qu’elle ne savait pas et voulut savoir pourquoi cette question. Le jeune homme regarda la jeune femme et lui répliqua qu’il s’agissait là d’un pressentiment d’élémancien.
- Hum… c’est vrai… Tu dois pas être au courant… mais Bradley, avec un truc alchimique, me permet de maitriser…
En guise de continuité de sa phrase, il tendit un peu sa main droite, paume vers le haut, et fit apparaitre une flamme.
Shida poussa un “Oh!” de surprise, écarquillant les yeux. Juste après, Yannick refermait sa main, l’éteignant et baissant le bras.
- ça m’a surpris aussi, la première fois. Puis, se frottant la nuque, il lui demanda si c’était elle qui avait choisi la pierre?
- À vrai dire… non, juste le collier qui la porterai. J’aurai bien voulu mais il me l’a montrée et j’ai pensé qu’elle tirait bien.
Il opina, souriant un peu:
- C’est gentil, merci. Je l’essaie tout de suite pour que tu puisses voir, précisa-t-il, tendant une main

Une fois qu’il l’eut passée et qu’elle se posa sur son buste, une douce chaleur se distilla dans son corps avant que la sensation ne s’évanouisse en même temps que la lumière de la pierre.
- Elle te va bien, précisa Shida.
Aria les observait d’un peu plus loin, dévisageant le jeune chevalier qui sourit à Shida en retour. Il jeta un coup d’œil à la Cathare:
- Bon, je devrais pas te prendre autant de temps, tu dois être assez occupée aussi, je crois.
- Oh tu sais… Je vais devoir finalement t’accompagner après.
- Je vois… Bah le temps que je me prépare aussi.
- Je raccompagne Shida et je t’attends ici.
- Fais attention, s’inquiéta la jeune femme.
- J’y veillerai aussi… rajouta Aria.
Opinant, le chevalier salua Shida de la main: “Je ferais de mon mieux…” Puis il se retourna en ne faisant aucune remarque sur ce que venait de dire la cathare.

Yannick se prépara. Ne pouvant bouger convenablement son bras, il ne pris ni le bouclier, ni la lance. Il chercha de quoi faire une attelle qu’il finit par demander poliment au garde lui apportant le déjeuner et les médicaments. Ce dernier la ramena lorsqu’il vint chercher le plateau et le jeune homme l’installa. Lorsqu’il sortit, Aria l’attendait.
- Je vous suis du coup.
- Tutoie moi s’il te plait. ça sera plus aisé, indiqua la cathare.
Ils sortirent par l’entrée principale du manoir, et directement ils sentirent la relative chaleur s’installer, surtout avec l’équipement. Aria s’arrêtait de temps en temps pour regarder marchandises ou vitrines et, en chemin, Yannick voulut savoir si elle l’accompagnait pour la durée de la récolte. Il observa aussi son matériel, anticipant d’éventuels achats.
- Pour la récolte? Tu n’es pas sans savoir qu’il y a de plus en plus d’incarnations. Tu as un bras en moins donc je suis là pour te filer un coup de main… Sans jeu de mots… Et il parait aussi qu’il renforcer la cohésion du groupe.
La dernière phrase sembla volontairement plus inaudible, comme elle l’avait à moitié marmonnée, bien qu’elle demeurait aisément perceptible au-delà de la foule. Épée, bouclier, armure, bourses, dagues, sacoche, sac, elle avait aussi l’air suffisamment équipée.
- Les incarnations m’étaient sorties de la tête… opina-t-il, tout en cherchant lui aussi quelques vendeurs.
Il acheta une boussole, une grande sacoche et une épée longue.

Après avoir marché plusieurs heures, ils arrivèrent enfin en bordure de ville. Aria lui indiqua une taverne non loin de la sortie.
- Envie de boire un truc avant d’y aller? demanda le jeune chevalier.
- J’ai chaud, et soif.
- Allons-y, j’offre.
La cathare posa une partie de son matériel à côté d’une chaise en terrasse et s’installa tandis que Yannick fit de même, retirant son gantelet droit et interpellant un serveur. On vint prendre leur commande: un sirupus aux fruits rouges pour elle, et une bière pour lui. Un regard de désapprobation lui fut lancé, mais elle ne dis rien. Quand le serveur revint, il paya d’un manz et on lui rendit ces quarante Alrianne d’argent. Il récupéra la monnaie et sirota tranquillement sa bière tandis qu’elle fit de même avec sa boisson, reportant son regard sur la foule et les nombreuses allées et venues. Yannick surveilla néanmoins le matériel, bien qu’en dehors du serveur, personne ne fit mine de s’approcher. Aria se leva, récupéra ses affaires puis regarda le chevalier droit dans les yeux, lui lança un “Merci” avant de lui tourner le dos et de se remettre en route, ouvrant la voie. Le jeune homme s’était relevé en même temps, avait remis son gantelet et ajouta un “C’est tout naturel.” qui fit s’arrêter la jeune femme quelques secondes avant qu’elle ne reprenne sa marche.

Passant les lourdes portes sans encombre, sans même se faire arrêter, ils progressèrent quelques minutes sur le chemin avant de s’en éloigner pour pénétrer en forêt. Alors que le soleil semblait haut et commençait à taper fort, une certaine fraicheur relative s’installa en même temps que l’ombre de la canopée. Mais, il faisait néanmoins chaud et lourd. Afin de compenser la chaleur, et les quelques courtes haltes pour évacuer le diurétique, il allait falloir boire plusieurs gorgées. Le chevalier porta par reflexe sa main à sa gourde lorsque la cathare bût, avant de s’apercevoir qu’il n’en avait pas. Gêné, Il décida de s’abstenir jusqu’au prochain point d’eau qu’ils mirent encore quelques heures avant de trouver. Là, la jeune femme lui indiqua, après inspection, qu’il pouvait remplir sa gourde, accentuant son malaise. Il s’assit non loin de l’étendue, tentant de boire d’une main. Aria le regarda, soupirant, puis lui tendit une gourde.
- Tiens… J’en achèterai une autre. Je crois que les plantes que tu cherches son dans le coin.
Baissant la tête et se sentant parfaitement ridicule, Yannick s’excusa. Il se retient néanmoins de boire tout de suite pour se relever, mit la gourde dans sa sacoche et observa les environs, tout en sortant les fiches pour revoir et bien mémoriser les esquisses.
- Mouai. Évite la bière en fonction, et surtout par ses chaleurs, conseilla-t-elle alors que le jeune homme commençait à quadriller la zone.

Après quelques minutes durant lesquelles il fouilla, sur la défensive, Yannick finit par trouver ce qu’il cherchait, mais des voix parvinrent dans sa direction, sans qu’il en puisse distinguer outre la nature.
- Il devrait y avoir un point d’eau non-loin.
- Il faut qu’on retrouve la route.
- Tu as trouvé ce que tu cherchais? demanda Aria.
Le chevalier se retourna pour la regarder.
- Je trouve oui. Et j’entends des gens plus loin.
La jeune femme se rapprocha, lui donnant une autre sacoche et une serpe, tandis qu’il se baissait pour les plantes, chacun tendant l’oreille. Plus distinctement maintenant, les branches craquaient et les personnes se rapprochaient. Puis, l’un d’eux se mit à crier, suivi par un autre cri, plus strident, bien plus dérangeant. Un bruit de lutte, plus rien.

Plissant les yeux, Yannick se retourna vers Aria, toujours baissé et lui demanda si elle avait une idée de ce que cela pouvait être. Alors qu’elle secouait sa tête, son silence fut parlant. Pendant qu’un bruit de lutte leur parvint, il se redressa, rangeant la sacoche dans sa sacoche, mit la serpe à sa ceinture et porta la main à son épée longue tout reculant doucement. Puis, le silence redevint complet. Aria aussi s’éloigna à reculons, épée et bouclier au poing, avant de se concentrer afin de matérialiser un halo lumineux horizontale qui manifesta un être de lumière. L’incarnation qui apparut était celle qui, de son immense épée, avait laissée une trace de son passage sur le buste du jeune homme durant le tournoi. N’y prêtant plus d’attention, le chevalier dégaina doucement et regarda autour d’eux, ainsi qu’au dessus, tandis que quelque chose de lourd semblait se déplacer vers leur gauche puis s’arrêta. De là, il distingua une masse grisâtre entre les arbres, à plusieurs mètres d’eux. Elle devait faire à peu près deux fois leur taille, voir plus, et paraissait couverte de poils. Un nouveau déchira l’atmosphère. La chose se déplaçait sur ses deux pattes arrières, mais ses avant-bras étaient bien plus massifs que ses jambes. Le chevalier porta son focus sur… ça, jetant un rapide coup d’œil dans la direction d’Aria. Elle transpirait, le regard suivant la silhouette.

Brusquement, la créature se tourna dans leur direction, hurla, et les chargea. On aurait dit un loup-garou en forme hybride, mais sa peau était retournée par endroit, déchiquetée, comme si elle avait éclaté de l’intérieur, pendante en filet de sang grotesque. Ses côtes étaient entièrement visibles, sa mâchoire démesurée, le poil cendreux maculé de rouge sur les avant-bras et au niveau de la gueule.
- Va à droite! lâcha rapidement Yannick, se ruant sur la gauche.
Les arbres s’écartèrent sous la charge alors que l’ordre fusa. Au même instant, l’incarnation fonça sur le centre avant de se faire lourdement plaqué au sol, perdant l’énorme épée qui se planta plus loin. Tandis que la monstruosité lui perçait la poitrine d’un coup d’énorme patte, l’être de lumière riposta d’un poing dans la gueule, puis d’un autre, faisant s’acharner d’autant plus la bête. La poussière soulevée emplit l’air de l’odeur âcre du sang alors que le chevalier arrivait à hauteur de la jambe d’une épaisseur quasi-similaire à un homme. Tentant un frappe horizontale, la lame se planta, arrivant presque instantanément dans l’os.

Un cri déchira l’air et le jeune homme lâcha l’épée enfoncée trop durement à l’instant où la monstruosité se tourna sur l’incarnation pour leur faire face à nouveau. Elle leva une patte avant de ramasser la boule de feu de l’élémancien dans la cage thoracique. Un nouveau hurlement vrilla les tympans alors que, dans la panique, la créature abattit sa main, frappant autour d’elle, raclant le sol. Le premier coup fut esquivé, mais le raclement envoya le jeune chevalier sur le sol, le couvrant d’un peu de terre. L’incarnation et sa lame disparaissaient petit à petit en particules lumineuses. Le monstre bondit en arrière, toujours à portée pour frapper le duo restant.
- Garde la gauche! lança le chevalier tout en matérialisant une nouvelle orbe de flammes qu’il envoya aussitôt sur l’immense main s’apprêtant à le saisir, la faisant reculer brusquement.
À la droite de la créature, ses griffes percutèrent quelque chose de solide et son attention se reporta immédiatement là dessus. D’un balayage du bras gauche frôlant Yannick, la monstruosité frappa le dôme invisible puis se mit à le frapper lourdement, semblant oublier la présence de l’homme.

Celui-ci se précipita à gauche, retournant vers son épée et les poils la recouvrant un peu. Il tendit la paume, se concentrant malgré les mouvements incessants, générant un flammes. Une odeur de grillé emplit l’air, mais pas ce à quoi il s’attendait. Le poil ne fit que raccourcir jusqu’à perdre le contact de la flamme. Un bruit similaire à celui du verre se brisant retentit. Le chevalier réfléchit un court instant puis dégaina son épée courte, se concentra sur sa posture et se précipita vers l’autre jambe au moment où un craquement se fit entendre. À hauteur du torse, il se tourna, assénant un coup dans les côtes. Une goutte perla sur son front, fraiche. Immédiatement, l’odeur du sang lui parvint. Il semblait avoir fait mouche. La patte gauche de la créature se rua dessous elle, fonçant sur Yannick, percutant l’épée dressée qui absorba le choc et le fit reculer sur le sol terreux, brisant sa garde. Puis la monstruosité de tourna et lui fit face.

Dans sa main droite, seul les jambières d’Aria étaient visibles, plus de torse. La volonté du chevalier se fractura. Instinctivement, son corps ne lui répondit plus. Comme une marionnette guidée par le destin, il fit demi-tour et courut, effrayé. Il déambula dans les bois puis se plaqua derrière un arbre, reprenant ses esprits. Un hurlement et des pas lourd l’avaient suivi un moment, puis plus rien. Il tenta de se calmer, de rester calme, attendant que la situation évolue. On semblait le chercher. Prudence, rester silencieux. Des cris, à nouveau, puis le silence.
Le jeune homme sortit la tête pour regarder dans l’ancienne direction. Il ne vit que des arbres brisés, la terre retournée, des traces de sangs, mais pas de monstre. Rangeant son épée courte, il revint sur ses pas. Plus il se rapprochait, plus le déplacement lourdaud grandissait. Il fallait être discret. Il se recolla à un arbre, trop tard. Les pas se ruaient dans sa direction, sans grand chose pour les ralentirent cette fois.

Yannick serra les dents, sortit de sa cachette tout en manifestant son orbe de feu. Le monstre était déjà presque sur lui. Il lança le sort qui percuta l’épaule de la créature en même temps que la patte percuta le jeune homme qui ne put que reculer sous le choc. Mais la main de la bête fut pratiquement aussitôt retirée pour éteindre tant bien que mal le feu qui s’était propagé pendant quelques secondes, mélangeant à l’air sueur, sang, terre, odeurs de flammes et hurlements stridents. À peine eut-il le temps de se remettre de la frappe qu’il devait préparer une autre attaque. Visiblement l’élément ardent finirait par l’aider. Il se concentra et renvoya une boule de feu mais la créature stoppa et dévia le sort d’un coup de paume qui, dans la continuité du mouvement, se termina à quatre pattes, criant sur le jeune homme. Puis, elle le chargea.

Piétiné, le chevalier fut précipité contre les vestiges d’un arbre dans un craquement sourd. Parvenant à peine à rester conscient sous les chocs, sa vue se baissait, ses yeux se fermaient, il était maintenu éveillé par des soubresauts. La poigne du monstre se rapprochait et allait se refermer. Yannick tenta de se lever, mais il glissa sur du sang, son sang, esquivant miraculeusement la patte. D’où, il ne savait pas. Il se releva, fit quelques pas, titubant et dérapant sur la terre retournée et les branches. Derrière lui les pas lourds, implacables. Dans un ultime espoir, il se retourna et balança un dernier sort juste avant d’être saisi. L’orbe percuta les côtes. Sa dernière vision fût celle d’une gueule béante. Un craquement. Enfin, la paix s’installa.

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Altharos

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