Ilim: Seigneurs de Nalrade

Ici vient Johnny

Vingt-et-unième session:

Emilio s’éveilla en premier. Observant les alentours, il vit Arramenorat étendu non loin, inconscient. Tout comme lui, il ne portait que ses habits de voyages et leurs affaires n’étaient pas très loin, déposées aux pieds de leur lit. Plus étrange, Edmond était avec eux, sous perfusion et étendu dans une couche, semblant reprendre connaissance. Soulagé, le fusilier se précipita à son chevet.

- Tu es vivant?!
- Si on peut dire… grommela le technomancien tout en fouillant la pièce du regard. Content de te voir en tous cas.
Tous ses muscles le tiraient, tout en supportant une lourde fatigue. S’arrachant la perfusion, il se releva et saisit une bouteille d’alcool, posée sur la table non-loin, qui lui remémora une scène et lui esquissa un sourire. Il prit une lampée de la “Phélès”, du cidre assez corsé dont il n’avait jamais entendu parler. Le goût le rassura, et lui plut. Puis, il fouilla son sac pour constater avec soulagement que rien n’avait disparu, et surtout pas l’alcool. Au même moment, Arramenorat se réveillait.
- T’étais pas mort, toi? lança le minotaure.
- On se demande bien à cause de qui, si ça avait été le cas.
- Je n’ai pas fait exprès! On en reste là?
- Je ne crois pas non, dès qu’on sort d’ici, tu seras le premier à y passer.

Pendant que le duo s’échangeait insultes fleuries et autres blâmes, le techomancien semblait répondre à des questions que le barbare n’avait pas posées ou rire à bouche fermée. Au même moment, le fusilier découvrit une lettre avec la signature d’Elisa. Aucun doute sur la nature de l’expéditeur car il reconnut son écriture. Il en était sûr, mais comment lui était-elle parvenue? En effet, après inspection plus minutieuses, tout semblait grisâtre et absent de couleurs, autre que le blanc et le noir. Sous la lettre, qu’il rangea sans la montrer, un étrange objet cylindrique, haut de trois centimètres pour un diamètre de douze, attendait. Il ne s’agissait là apparemment que du premier tiers, ce que confirma Edmond. D’ailleurs, il demanda aussi comment il l’avait trouvé car, d’après un ami, l’objet était censé être gardé. Se penchant à la fenêtre, Emilio ne vit rien d’autre que l’obscurité enrobant une mer de brouillard. Pendant un instant fugace, l’idée de descendre par-là lui traversa l’esprit, mais curieusement il l’abandonna bien vite.

Chacun tenta de se remémorer ce qu’il s’était passé: Un voyage en charrette, une rencontre, le coup qui parût fatal, une lourdeur, une désagréable et lourde sensation de fatigue aussi bien physique que mental, puis plus rien.
- Je pense savoir où l’on est, débuta Edmond. Dans les limbes, où le purgatoire, c’est ça? il marqua une pause, puis sembla reprendre de lui-même: “Ouai, enfin c’est plus ou moins ça, à peu de chose près.”
- Comment tu sais ça toi? souleva le minotaure.
- Disons que je le sais de mon ami. On va avoir besoin de l’objet que tu as trouvé, Emilio. Il faut aussi qu’on se rende dans une chapelle.

Saisissant la seule source de lumière, une torche éclairant faiblement la pièce, le frontalier entreprit de s’aventurer dans le couloir avec prudence. Il poussa doucement la porte pour entrevoir le couloir, mais la porte grinça. Rien, pas un autre bruit ne parvint, l’endroit semblait désert. Pourtant, une fois le reste du petit groupe sorti, une voix s’éleva dans la pièce d’en face.
- Il… Il y a quelqu’un? S’il vous plait, je… je vous en supplie… faite moi sortir d’ici, pitié! débuta une voix paniquée.
- Qui êtes-vous? Savez-vous où nous sommes? demanda Emilio
- Je dois sortir! Je… je ne peux rien dire…
- Pourquoi?
- Je vous en supplie! Il ne va pas bien!
- Calmez-vous. De qui parlez-vous?
- Est-ce qu’il est avec vous?
- De qui voulez-vous parler? S’il s’agit de qui je pense, on peut dire que oui, en quelque sorte, indiqua le technomancien. Puis il ajouta qu’ils allaient le faire sortir, signalant à Arramenorat qu’il était temps de prouver son utilité. Mais la voix paniquait de plus en plus, au fur et à mesure du martèlement de la bardiche sur la porte en bois.
- N-non… non s’il vous plait. T-tout v-va très bien. Par pi-pitié laissez-moi! Laissez-moi!

Une fois qu’une ouverture suffisante fut créée pour observer l’intérieur, plus un bruit ne parvint.
- Vous êtes toujours là? demanda le frontalier. Pas de réponse.
- J’ai l’impression de lui faire peur… Je vais m’éloigner et voir s’il y a d’autres personnes, indiqua Edmond.
Le couloir était bien évidement plongé dans le noir mais l’on parvenait à distinguer une dizaine de portes.
S’arrêtant à l’extrême limite entre lumière et ténèbres, il s’appuya contre une porte. Une voix lui parvint, ou plutôt un murmure faible. On lui demanda de l’aide pour sortir, et de quoi manger et boire. Suite à la question, le murmure se présenta comme Johnny.
Pratiquement au mêmes moment, le barbare achevait la porte et l’a fit tomber à l’intérieur de la pièce, vide. Pas de mobilier, pas de lumière et surtout, personne. Le duo échangea un regard inquiet avant de se diriger vers le mineur qui les avait interpellés. Ce dernier demanda ce qu’il en était de l’autre salle et on lui répondit qu’il ne comprenait pas, mais que rien ne s’y trouvait. À nouveau, Edmond sembla se parler à lui-même et le groupe s’attela au démontage de la porte. Un fois ceci fait, ils découvrirent dans une chambre emplie d’air, un être recroquevillé à l’autre bout, présentant son dos. Il était d’une pâleur exceptionnelle, et ne paraissait avoir que la peau sur les os. Ne voulant s’aventurer plus que temps, Emilio déposa une ration et lui signala qu’ils allaient chercher une sortie. Johnny leur demanda s’il n’avait pas du matériel en plus et de quoi se défendre, mais ils ne répondirent pas la négative et le laissèrent.

À ce qui leur semblait quelques mètres, le trio emprunta des escaliers descendant et, arrivant au nouvel étage, distingua un couloir qui allait de part et d’autre tandis que des marches menaient encore plus bas. Là, un bruit de grattement sur du bois se répercutait dans les couloirs, dans l’air, incessant, irritant. Prenant son courage en main, le groupe descendit. Avant tout, il devait s’avoir où il se trouvait. Une lourde chaine massive et cadenassée bloquait la sortie, à moins que ce ne soit l’entrée? La porte était trop volumineuse et épaisse pour être enfoncée à la seule force de leur bras. Il pensait être à Clair-ruisseau, seul réel village à proximité, ce qu’une fouille de l’accueil de ce qui passait pour un hôtel confirma. Néanmoins, aucune réelle date ne figurait sur les documents, mais l’on trouva une clé qui devait sans doute ouvrir les chambres. Pendant ce temps, Edmond exposait une nouvelle théorie: peut-être est-il dans une sorte d’enfer, celui de la trahison. Ce qui le fit sourire, surtout lorsqu’il demanda à Arramenorat s’il savait pourquoi il était là. À nouveau, un petit rire se fit entendre en provenance du mineur tandis qu’il fixait, la bouche fermée et les bras croisés, le barbare. Après quelques secondes, et un peu d’insistance, ce dernier tiqua et s’énerva.
- Je me suis déjà excusé et je t’ai dit que j’étais plus que désolé. Qu’est-ce que tu veux de plus?
- Oh mais t’en fais pas, dès qu’on sort d’ici, tu seras le premier que je bute.
- Tu peux essayer. Et si je décide de t’achever maintenant?
- Comme ça à de la peine à rentrer, vous aurez besoin de moi pour sortir d’ici. Le technomancien s’arrêta net, comme s’il avait eu une épiphanie, et changea de sujet. “Il faut qu’on ouvre le plus de chambre possible et qu’on les fouille.”
Ce qu’Emilio approuva, apportant les clefs.

Ils remontèrent d’un étage et se mirent à ouvrir les portes une à une, en commençant par le corridor de gauche. En réalité, seul trois d’entre elles étaient verrouillées. Ils s’attelèrent en premier lieu à celle d’où provenait l’incessant raclement. À peine eurent-ils entre-ouvert la porte que celle-ci s’ouvrit brusquement. Quelque chose bouscula Edmond, une ombre de leur taille qui disparut dans le couloir, emportant avec elle un rire démentiel qui ricocha contre les murs, laissant le groupe stupéfait. Reprenant leur esprit et faisant retomber ce petit coup de pression, ils ouvrirent une nouvelle pièce. Cette fois, une brume la remplissait. L’on crut distinguer un autre bord de fenêtre, peut être un moyen de sortir? Mais en s’avançant et en dissipant la brume flottante, il ne s’agissait que d’une armoire, fermée. Après s’être mis en position au cas où les choses dégénèreraient en l’ouvrant, il découvrir une autre clef à l’intérieur.

Avant de se rendre deuxième, ou de retourner au rez-de-chaussée, le trio décida d’ouvrir les dernières portes de l’étage. D’ailleurs, un nouveau raclement plus ténu, et sur de la pierre cette fois, ce fit entendre. Collant l’oreille à la porte, le groupe entendit une voix féminine répéter encore, et encore, et encore la même chose.
“Marchant dans la brume, éclairée de ta lumière,
Ce afin de ton nom, le graver dans pierre.
Marchand dans la brume, … "
On demanda à la voix de s’écarter de la porte et de ne rien tenter, indiquant qu’ils allaient l’ouvrir, mais l’action ne fit pas cesser la complainte. Lorsque le trio ouvrit la porte, il découvrir une cathare du porteur de lumière, tout du moins c’est ce que son accoutrement laissé à supposer. Le symbole du clergé apposé sur le surcot différé quelque peu de celui de leur époque, bien que le reste des vêtements et du matériel ne trahissait en rien son appartenance à une époque sans doute plus distante. L’intrusion dans la salle n’altéra en rien le rituel. La jeune femme continuait inlassablement de gratter le mur de ses ongles et le martellement de son front, ne laissant que du sang. Signalant que la porte était ouverte, ils tentèrent une autre pièce.

Lorsqu’Edmond fit un pas dans la nouvelle salle, il glissa, comme si le sol s’était dérobé sous ses pieds, bien que le carrelage fut toujours visible. Emilio le rattrapa in-extremis par le col pendant que le technomancien se mit à nouveau à babiller. Étrange pour un point de vue extérieur? Mais ces deux autres comparses ne sans soucier guère. Tous trois remontèrent, ouvrant les dernières portes. Ici, une salle les interpella. La seule autre pièce avec du mobilier plus, conséquent. Un lit simple mais de bonne facture et de bonne qualité, une table de chevet ainsi qu’une armoire, le voilà ce mobilier qui décorait l’endroit. L’absence de fenêtre passa pratiquement inaperçue lorsque l’on fouilla le décorum. Une lettre fût découverte. Adressée au cathare Sigmund Vonrabe et portant le sceau du clergé d’Alria, elle lui intimait de se rendre sur la place publique. L’heure et la date n’étaient plus lisibles. Sûrement s’agissait-il de la prochaine destination pour les trois compagnons.

Ils retournèrent dans leur chambre pour se concentrer, constatant l’absence de Johnny dans la sienne. Fermant la porte à clé, Emilio voulut tenter la descente. Après vérification du sens d’ouverture de la porte, ils avaient toujours plusieurs mètres de corde sur eux et décidèrent de s’en servir. D’abord, ils balancèrent l’une des chaises en bois pour estimer la distance les séparant du sol, mais ils n’y parvinrent pas. Puis, ils attachèrent deux cordes ensemble, avant de le faire autour du fusilier qui s’équipa aussi de sa lanterne tandis qu’Edmond se remit à radoter. Enfin, le frontalier entama sa descente, aidé de ses crampons. Soudainement, le nœud se détacha alors qu’il descendait en rappel. Le mouvement le plaqua lourdement contre la bâtisse. Il glissa, à moitié assommé, se rattrapant in-extremis à la fenêtre en dessous. Une fenêtre? Ce n’était pas le plus important. Se maintenant comme il put à l’aide des crampons, le petit rebord ne lui laissait que peu de marge de manœuvre. Il se saisit de son pistolet et le pointa comme il put vers la fenêtre pour la briser. Mais l’arme lui échappa des mains et disparut dans la brume. Au même instant, Edmond et Arramenorat virent la corde lâcher. Se précipitant vers la vitre, ils constatèrent que leur compagnon était vivant, bien qu’en très mauvaise posture. Le minotaure se mit à descendre, assuré par la corde attachée solidement à l’un des lits, plantant ses bardiches dans le plâtre à l’endroit où le colombage devait passer.

Alors que le barbare progressait, Edmond se retourna pour sortir de la pièce. La présence de Johnny le surprit.
- Attend, comment t’es arrivé là? Et depuis quand? La porte est fermée.
- Par la fenêtre, à l’instant, annonça-t-il avec un léger sourire en coin.
- Non non, deux personnes viennent d’y passer.
- Tu ne veux pas aider tes amis?
- Je descendais justement.
- Je t’y rejoins.
Le minotaure progressait lentement, mais sûrement, assurant chacun de ses prises, validant son assise, se rapprochant petit à petit de son compagnon. Quelques instants plus tard, alors que le fusilier s’était hissé, se maintenant la tête au-dessus du rebord, la silhouette de Johnny apparut, le regardant de haut quelques instants. Puis, la fenêtre s’ouvrit. Le doute s’empara du jeune homme et s’intensifia lorsque le nouveau venu passa le haut de son corps par l’interstice. Mais il recula et se poussa, laissant entrer avec grande peine le jeune homme qui finit par se laisser rouler dans la salle, avachit. Edmond entra, reprenant son souffle et une ixième gorgée de la Phélès. Arramenorat les rejoignit pendant que Johnny se justifiait à Emilio qu’il n’aurait pas pu l’aider, au vue du manque de force qu’il possédait. Cela aurait même pu tourner à leur désavantage.

Décidant de passer par la porte d’entrée, le nouveau groupe se rendit au rez-de-chaussée. Là, Johnny leur demanda à nouveau des armes, pointant le fait que le minotaure et le fusilier en possédaient beaucoup. Sur conseil d’Edmond, ils décidèrent de ne pas lui en donner. Le frontalier et le barbare tenait à leur équipement et, alors qu’ils répondaient, constatèrent que le fusil et l’une des bardiches étaient déposés contre la porte. Quand? Ils récupèrent prestement leur matériel pendant que l’homme blafard expliquait qu’ils l’avaient déposé un peu plus tôt. Le technomancien étaya ces dires, d’ailleurs le fusil avait tiré un coup de feu sur une ombre. L’absence d’une balle renforçait l’explication. Après tout, à chaque tir de son fusil, Emilio ne rechargeait-il pas? Alors pourquoi n’est-il qu’à demi-convaincu? Après une courte discussion, Johnny signala qu’il resterait dans la bâtisse pour peut-être trouver d’autres personnes et les convaincre, ainsi que pour l’explorer plus de fond en comble.

La porte s’ouvrit vers la mer de brouillard. Johnny disparut dans l’obscurité de la demeure. La première chose qui fut faite, c’était de longer le bâtiment pour trouver le précieux pistolet. Après quelques pas, le fusilier le distingua et se précipita dessus avec ferveur, faisant fi des quelconques danger. Enfin, ils étaient réunis. Ils retournèrent à l’entrée, puis le groupe s’avança dans la brume. Il ne distinguait rien à plus de trois mètres malgré l’éclairage et, après une progression silencieuse sans vraiment savoir si la place publique était dans cette direction, deux flammes vertes se mirent à briller. Un bruit de chair que l’on frappe et coupe se fit entendre au fur et à mesure qu’ils s’en rapprochaient. Ils saisir leurs armes et s’approchèrent sur le qui-vive.
Le brouillard sembla se dissiper, laissant place à une montagne de cadavres ainsi qu’un homme, de trois-quarts de dos, qui, d’une magnifique lame curvée légèrement d’abord vers l’extérieur avant de revenir sur l’intérieur, frappé l’un des corps inanimés.
- Des traitres, tous autant qu’ils sont, monstres.
Enragé par ce qu’il vit, Arramenorat chargea, hache en main, n’entendant pas l’appel des deux autres.
L’homme arrêta son action, retira son épée du corps et se retourna, laissant distinguer sa dentition dans une grimace déformée par la haine, encastrée dans une mâchoire carrée. Ses yeux verts clairs se posèrent sur les intervenants et ses cheveux bruns, mi-longs, suivirent le balancement du haut de son corps. Sur sa poitrine qui se gonflait au rythme de sa respiration, un surcot similaire à la cathare croisée. Quelque chose brilla dans la lame qui, en quelques courtes secondes, format un arc.
- Et tous, vous êtes comme eux. La phrase partit en même temps que la flèche de lumière qui se matérialisa et fut aussitôt décochée à l’intention du fusilier qui l’a reçue dans le ventre, le blessant légèrement. Mais il riposta, percutant d’une balle l’armure sous le tissu.

Une nouvelle fois, l’arme changea de forme pour redevenir épée et dévia l’assaut de la hache du minotaure, l’entaillant au passage à hauteur de l’épaule. Deux volutes lumineusement dorées apparurent de chaque côté du cathare, matérialisant chacune un être luminescent quadrupède ressemblant à un grand canidé dont la gueule cuirassée faisait office de tête. L’un deux accourut en direction du mineur et du fusilier, l’autre prêta poigne forte à Sigmund. La créature se rua à la gorge d’Emilio qui la bloqua d’un coup d’épée dans la gueule, l’envoyant sur le flanc gauche d’Edmond. Ce dernier saisit l’occasion et, d’un mouvement du poignet enroula la chaine cloutée autour de la gueule de la créature qui parvint néanmoins à faire glisser le technomancien sur le sol de par sa force. Il allait lâcher prise si rien n’était fait. De son côté, Arramenorat était en mauvaise posture. Sa deuxième frappe avait était parée, bien que lourdement, et le cathare était parvenu à le faire saigner droit derrière. De plus, alors que le barbare venait de blesser l’être doré, ce dernier le saisit au mollet droit et rendait son équilibre plus que précaire.

Emilio acheva d’un autre coup d’épée la créature maintenue par Edmond qui reprenait son souffle suite à l’effort constant et conséquent pour la maintenir. Puis, il rechargea son pistolet et tira en direction du second être qui lâcha prise, laissant l’occasion au barbare de l’achever. Mais Sigmund prit quelques pas de distances en arrière et changea à nouveau son arme, décochant un trait lumineux qui blessa l’épaule du minotaure. Rétrécissant la distance, la charge d’Arramenorat força Sigmund à bloquer l’assaut. Pendant que le mineur avala une gorgée de la Phélès pour se détendre, il fouilla son sac pour trouver une bouteille vide qu’il lança dans la direction du cathare pour détourner son attention, mais c’est le barbare qui la reçut et fut distrait, ce qui permit à Sigmund de planter la lame dans le ventre de la montagne de muscle. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un juste retour des choses. Le sang coula. Le minotaure fit quelques pas en arrière, reprenant l’équilibre, dégageant malgré lui la vue pour un tir d’Emilio qui avait troqué pistolet et épée contre fusil. La balle partit, et tout dérailla.

Sigmund s’effondra. Mais, il fut remplacé par quelque chose d’autre. Alors que son corps gisait étendu sur le dos, comme brisant une chrysalide à partir de la tête et des épaules, une masse noire en sortit, s’élevant dans les air sur plus de neuf mètres. Le visage n’était plus qu’un masque glissant sur la noirceur de l’horreur et dans le ciel sans lune. La masse se scinda, formant d’abord deux excroissances semblables à des bras, puis se termina en doigts filiformes. Arramenorat perdait pied à la réalité, l’horreur de la situation bloqua sa respiration, lui dont le stress dû aux blessures était déjà grand. Son cœur battait pour compenser la perte de sang? Tout vrillait. Puis, il s’écroula sur le sol avant d’avoir sa poitrine transpercée par des traits noirs. Dans ce qui lui sembla être un dernier soupir, il s’excusa au prêt de Julia pour sa faiblesse, et ses yeux se fermèrent.

Emilio avait connu beaucoup de situation dramatique, mais cette fois, il était en sueur. La chose retira les filigranes de chair du corps du barbare. Le fusilier se ressaisit quelques peu, ses mains tremblaient mais la grandeur de l’horreur lui permit de faire mouche, faisant retentir un cri indescriptible et perler un abjecte fluide noirâtre. Il avait déjà vu quelque chose de similaire, il pouvait donc le tuer.
Étrangement calme, Edmond se précipita sur l’arc. D’abord parce qu’il s’agissait là d’un vrai trésor, Sigmund étant le premier cathare à se servir d’une arme de technomancie au chœur de l’église. Ensuite, parce qu’il avait, si l’on pouvait dire ainsi, l’intuition que la vitis de Topaze pourrait mortellement blesser cette aberration. Un nouveau tir retentit, accompagné par un autre hurlement. Emilio avait partiellement esquivé l’attaque et ripostait. Le technomancien compris rapidement le fonctionnement de l’arme et la changea d’épée à arc. Quelle merveille, mais il ne savait manier ni l’un ni l’autre… Visant tant bien que mal, le trait de lumière se matérialisa et alla percuter le masque. Un dernier hurlement, puis l’horreur s’étala, inerte.

Comments

Altharos

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