Ilim: Seigneurs de Nalrade

écho, logis.
Vingt-cinquième session

Léon et Logan s’étaient retrouvés autour d’un feu de camps en début d’après-midi. S’installant en bordure de forêt, le rodeur et le druide avait fait un rapide passage dans le hameau en contrebas, bordant la rivière Ame dans la province d’Ur. Rapide car la milice les avait vite rembarrés. Cela tombait plutôt bien, aucun des deux n’appréciait réellement la compagnie d’humain. Pourtant, le petit village d’une quarantaine d’habitant accueillait en plus une dizaine de soldats, fait assez rare pour que tous deux le soulignèrent. Le bretteur avait pratiquement le même âge que le médecin, bien qu’il fût son ainé de peu d’années. D’ailleurs, ils s’étaient déjà croisés quelques fois, ayant même effectués ensemble des missions sans réellement approfondir leurs relations. Ils s’appréciaient néanmoins. Tout du moins, c’est ce qu’un œil avisé extérieur pourrait dire.

Léon devait avoir les cheveux sombres, à la base tout du moins car les années à demeurer prudent commençaient à avoir raison de sa couleur naturelle qui se rapprochait désormais plus de la cendre. Les traits fins marquaient une certaine expérience, soutenus par des yeux d’un vert pomme sur le qui-vive. Barbe en collier et moustache de trois jours décoraient négligemment son visage, ajoutant à la panoplie de ce rôdeur bretteur un charme naturel, si l’on pouvait parler ainsi. Il n’avait pas d’armure, juste une épée pour se défendre sur les chemins qu’il empruntait, le reste de la majeure partie de son matériel était entreposé dans un sac à dos.
- Je sens une certaine tension, un certain malaise, pas toi ? avait-il demandé au druide alors que la louve l’accompagnant semblait nerveuse, en effet.

Les cheveux de Logan était tiré vers l’arrière, couvrant sa nuque de leur couleur d’orange. Sa barbe était cependant bien plus fournie que celle de son collègue et clairsemée de cendres de pipe qu’il ôta dans leurs quasi-totalités d’une caresse. Le druide était plutôt grand, plus que le rôdeur pourtant lui-même déjà au-dessus de la moyenne avec ses un mètre septante-huit. Lui, il en faisait douze centimètres de plus. Calme, il imposait de part une certaine constitution, se servant d’un bâton-de-guerre pour se défendre. Il n’aimait pas se battre de toute manière, mais parfois l’on ne lui laissait pas le choix.
- Puisqu’on en est là, je ne suis pas homme à me confier mais, c’est peut-être dû à la présence d’Alana, une ourse qui me suit. Je te saurais gré de ne pas lui faire de mal. C’est une situation compliquée. Mais ne t’en fais pas, elle n’est pas agressive en temps normal. Évitons juste que tu t’en approche avec ta louve. Elle reste sauvage, bien qu’elle me comprenne la majeure partie du temps. Logan finit sa phrase et se leva, accompagné par Léon. Ils avaient vu de l’agitation dans le hameau en contrebas.

La foule s’agroupait en extérieur sans qu’ils ne parviennent à distinguer réellement quoi que ce soit. Inquiet, le druide voyait son esprit happé par la présence de l’ourse qu’il espérait ne pas être découverte. Léon confirma que l’attroupement ne s’approchait pas d’eux mais Logan se rendit sur le lieu de séjours de son amie, précisant qu’il reviendrait. Après trois-quatre minutes de marche, il constata qu’Alana était nerveuse elle aussi. D’ailleurs, la tension était presque palpable désormais. L’ourse n’agissait pas normalement. Il lui dit de les suivre de loin, ce qu’elle fit et, lorsqu’il revint vers Léon, il appela son faucon. L’oiseau répondit presque instantanément, se posant sur le gant de cuir. La menace n’avait pas l’air de le déranger, ce qui voudrait dire que le problème se situe au niveau du sol ? Alors que Léon et Logan réfléchissait, ce dernier flatta l’encolure de l’animal avant de le remercier d’un petit cube de viande. Puis, l’oiseau s’envola. Maintenant, les soldats qu’ils avaient croisés plutôt se dirigeaient en contrebas de leur position, armés d’inquiétudes et surtout de leurs matériels.

Au moment où le duo allait reprendre la parole, un coup de tonnerre assourdissant fracassa l’air ambiant. Les deux hommes échangèrent un regard plus qu’inquiet et interloqué. Le ciel était pourtant d’un bleu quasi-parfait, pourtant, c’était comme si la foudre n’était tombée qu’à quelques pas d’eux. En contrebas, on avançait avec une prudence extrême, épées au clair et bouclier en main, un pas après l’autre. Mais que se passait-il enfin ? Léon et Logan firent un détour, observant l’avancée de la foule et jaugeant la distance afin de s’approcher de ce qu’il jugeait être le centre d’intérêt. Dans une zone dégagée bordant le bas d’une petite falaise, l’herbe était noire, brûlée en un point précis. Le reste ? Soufflée, étalée de manière concentrique sur quelques mètres depuis l’impact. La terre, elle, était légèrement fendue.
- Je ne la sens pas du tout, souligna Léon. D’autant que je n’ai pas envie de jouer les héros.
- Je suis d’accord avec toi. Il est temps de partir. Je dois me rendre dans le Sud de la province. M’accompagnes-tu ? s’enquit Logan.
- Ce n’est pas ma priorité, mais j’ai dans l’espoir de trouver aussi quelques réponses là-bas, alors pourquoi pas. Partons d’ici sans tarder. Je crois qu’il y a un autre village sur le chemin. On devrait y arriver dans la soirée.

Aussitôt dit, aussitôt fait, et ce fût une juste estimation de la part du rôdeur car c’est environ à l’heure du crépuscule qu’ils arrivèrent dans le dit village. Ce dernier était un peu plus grand que le précédent, environ une centaine d’habitant à en juger par le nombre de bâtiments. À nouveau, une patrouille les accueillit, leur demandant motif de la visite, et provenance. Ils répondirent poliment, malgré un échange peu chaleureux, et se rendirent dans l’auberge qu’on leur indiqua. De toute manière, « Le sanglier boisé » était la seule du village, et ils la reconnaitraient à la pancarte. En effet, un sanglier de face et entouré d’arbres sous forme de pictogrammes décoraient le panneau suspendu. À leur entrée, le patron baissa le journal qu’il lisait, marquant une courte pause pour les jauger, puis se leva et les réceptionna méfiant, bien qu’aimablement. Ils commandèrent à boire, discutant de tout et de rien tandis qu’on leur apporta quelques fruits coupés et du saucisson de la spécialité locale, le sanglier, sans suspense. À cette heure, il n’y avait plus grand-chose en cuisine, ce qu’ils comprenaient. Ils prirent aussi la seule chambre qu’il restait. Puis, en fin de soirée, alors que Léon et Logan allaient prendre un dernier verre, le patron le leur offrit, à condition de discuter autour d’une partie de cartes. Il interpella son acolyte, et tirèrent les équipes pour une partie de Jass. Le rôdeur n’étant pas familier, on lui expliqua les règles qu’il appliqua avec un certain succès, lui et le druide perdant de quelques points marqués en annonces. Un résultat mitigé pour l’aubergiste et son ami qui souhaitait s’entrainer pour le tournoi qu’ils organisaient.

Léon et Logan apprirent que le tournoi servait à distraire les gens, et faire un peu connaitre l’auberge dans le village. Le druide garda pour lui une réplique qui le fit tiquer et sourire. Oui, faire connaitre la seule auberge du village dans le village n’était pas très futé. Mais bon, créer une animation, pourquoi pas. Il y avait aussi des concours de chasse, ou de pêche, le lac Torii n’étant qu’à quelques heures de marche. Concernant la frontière, il y avait peu de gens qui en sortaient, principalement des marchands, et des rumeurs couraient sur la politique d’isolement. Soi-disant que le royaume de Selvesnya continuerait d’importer des minerais et pierres, pourtant les frontières sont étroitement surveillées et rien ne rentre, tout du moins pas du commerce. Ils auraient aussi beaucoup de problèmes avec des incarnations de plus en plus dangereuses. L’un des moyens pour se rendre dans le royaume de l’Est serait bien plus au nord, dans les monts Masamune et Muramasa. Bien que la route principale soit fortifiée et gardée, les chemins secondaires, plus périlleux, l’étaient moins. Autre chose, il y avait eu des problèmes dans le village tout récemment. Des gens peu fréquentables s’étaient installés, quelques temps et le taux de vol avaient augmenté. La dernière information intéressante que le druide et le rôdeur obtinrent fût l’activité de soldats frontaliers qui s’étaient dirigés vers le nord, une dizaine d’hommes accompagnés par un cathare, et cela, la veille. Ils finirent par discuter de tout et de rien, notamment du soi-disant recul du glacier observé par le druide. Mais l’aubergiste ne savait qu’en dire. Lui, les glaciers, ce n’est pas sa spécialité, et pour quand il en voyait de toute, ce n’était pas au point de distinguer leur recul. Sur ce, le duo alla se coucher. Demain, ils chercheraient d’autres choses.

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Vacances et bord de mer
Vingt-quatrième session

Lors de leur deuxième semaine dans le village d’Eniril, le groupe composé du druide Pastif, du barbare Maximilien, du technomancien Edmond, du moine Pascal et du fusilier Emilio commençait à prendre ses marques. La majorité de son temps, Pastif le passait en extérieur et ne revenait pratiquement que pour préparer des potions d’alchimies, art dans lequel il berçait depuis un moment. Néanmoins, il prenait aussi soin de s’entrainer au maniement de sa rapière, nouvellement acquise, afin de ne pas perdre la main.
Maximilien lui essaya son nouveau chapeau, le déchirant au niveau de ses cornes, et continua de se faire les dents sur ses haches et son arc composite récemment acheté, sans oublier de se rafraichir le gosier de temps en temps, mais ne trouva pas le David Finalci que Pascal lui avait demandé de chercher.
À l’instar des hystérios, Emilio augmenta son expertise avec les autres fusiliers de la région, bien qu’il évitait le minotaure et l’elfvalar. Il appréciait par contre la compagnie d’un nommé “Emilson Silverwind”, un autre comparse avec qui il s’entrainait. Il avait du plaisir à retrouver cette ambiance qu’on ne trouvait qu’au front; une tension mue par les rapports d’une armée, de morts, se rapprochant de leur position, mais surtout une chaleur dans la cohésion du groupe entretenue par l’imminence de la fin.

Vers la fin de la troisième semaine, pendant qu’Edmond s’adonnait à quelques inventions … particulières, comme une nouvelle sorte de tire-bouchon, le moine finit par trouver, non pas la personne qu’il cherchait, mais une série d’informations. Il apprit et rapporta au reste du groupe que les morts n’étaient plus qu’à quelques jours de marche, par conséquent, des troupes en provenance de la capitale viendraient renforcer le village, l’arrivée étant prévue pour le prochain mercredi. On lui dit aussi qu’une partie des forces rejoindrait un corps expéditionnaire, l’après-midi du même jour. Certains noms sonnèrent très familier, comme la présence du prénommé Finalci David ou encore d’un Brandwater Roy, mais surtout et avant tout Langekette Johanna et Glevissig Elisa. Le dimanche, Pascal ne se montra pas à la taverne. Peut être avait-il d’autres préoccupations. Néanmoins, il en fut de même pour le lundi qui s’en suivit et le mardi.

Tôt le mercredi matin, à Stéléria, la cathare Ravenoath Reas s’en alla au quai du zeppelin “White Star”. Comme indiqué par son frère, et le laissez-passer qu’elle portait, elle devrait se rendre dans le royaume du nord, dans le village frontalier d’Eniril, afin d’enquêter sur la manifestation des incarnations; de ralentir voir stopper la progression de l’armée de morts; de rejoindre un corps expéditionnaire. De nouvelles informations lui seraient transmises sur place. Alors qu’elle pénétrait l’énorme hangar, elle put enfin distinguer l’appareil, l’une des merveilles de la guildes des techmaturges et l’un des quatre rares dirigeables encore officiellement en état à Alria. Les gens allaient, venaient dans la salle; autour du galion; dans le galion; mais aussi autour de la structure à coque rigide composant le ballon légèrement plus long que le navire, bien que d’une largeur et épaisseur quasi-similaire. Le galion avait était modifié afin que les vitis et la vitae puissent alimenter les voiles et pales, mais aussi remplir le ballon pour le faire flotter. Les zeppelins possèdent, à contrario du gyrocoptère, une force de frappe impressionnante ainsi qu’une résistance et une capacité de transport élevée tout en offrant plus de manœuvrabilité qu’une forteresse flottante. Ceci expliquait sans doute le déploiement du “White Star” qui devait sûrement son nom à sa vitesse et la blancheur de l’appareil.

L’appareil parvint sans encombre à sa destination, arrivant en fin de matinée. Les renforts débarquèrent dans la taverne pour prendre un peu de repos, ainsi qu’un repas chaud. Arramenorat et Pastif, de part leur nature d’hystérios et les récents événements, se méfièrent de cette arrivée soudaine. La méfiance fut accentuée par l’arrivée à leur table d’une jeune femme rousse dotée d’un grain de beauté sous l’œil gauche. Jolie certes, mais il s’agissait d’une cathare. Ils n’échangèrent que quelques formalités avant de quitter l’auberge. Dès l’après-midi, une bonne partie des nouveaux arrivants n’étaient plus, se dirigeant vers un village de pêcheur à environ quatre heures de marche. La cathare rousse, Reas Ravenoath, accompagnée par neuf autres personnes et dirigée par la lieutenant Ludwig Carole, s’y rendit car elle devait rejoindre un groupe du corps expéditionnaire.

En chemin, chaque heure, on distilla plus d’informations durant les pauses de cinq minutes. L’expédition serait séparée en deux groupes, l’un, le plus gros, se dirigerait sur l’île principale grâce à deux navires. L’autre la contournerait pour se rendre dans une crique intérieure. Une ancienne cité-forteresse y avait été découverte. Fouillant une partie de l’île pour rejoindre l’autre groupe, chacune des parties devrait trouver quelque chose appelé l’orbe de l’hiver. Observant le ciel un instant, tout le monde espérait arriver avant que la météo ne change, mais déjà, quelques flocons tombaient et maculaient l’herbe d’un léger manteau blanc. En effet, chaque royaume possédait un certain climat du, entre autres, aux lignes ley.

À l’auberge, le temps se gâtant légèrement, Pastif, Maximilien, Edmond et Emilio, se mirent à jouer aux dés et parier, passant le temps comme ils purent avec les allés-venues des soldats. Attendant quelques heures que le climat s’améliore, ce qui fut rapidement le cas, ils finirent néanmoins par se décider à partir par groupe de deux, hystérios et humains, chacun dans leur coin, chacun avec leurs motivations, mais le lendemain. Ils se couchèrent afin de se lever à l’aube. Suite à une blague d’Edmond cherchant à faire profile bas en se déguisant en vieille femme à l’aide de différents voiles et vêtements et enchainant sur un court accrochage avec la garde, ils finirent par sortir de la ville, sans autres incidents directs, non sans qu’Emilio ne laisse à l’aubergiste une lettre à l’intention de Pascal. Progressant en descente légère, ils finirent par apercevoir ce que la cathare avait vu la veille.

D’ailleurs, plusieurs heures auparavant, Reas avait progressé elle aussi vers la côte. Bien qu’il se mit à neiger doucement, l’on distinguait encore les forêts alentours et la vue sur la mer était toujours dégagée. Jouxtant et joignant un petit hameau de pêcheur, un campement militaire de plusieurs dizaine de tentes avait été dressé. À plusieurs mètres de là, trois navires de guerre étaient amarrés. L’un sortait nettement du lot, plus large et massif que les autres, des sortes de protubérances métalliques, semblable à des défenses, dépassaient à la proue. Une fois arrivé au campement, on leur dit de s’installer tout en leur attribuant un secteur. Il partirait à l’aube, en attendant, quartier libre, mais hors de question de s’approcher d’une cage en dehors du camps. D’ailleurs, une grande effervescence régnait et la cathare décida de se balader. Le personnel ne chargeant pas le matériel sur les bateaux s’attelait à des jeux de hasard et parties de cartes, remplaçant à tour de rôle les différentes patrouilles. Interpellée par un groupe de soldats attablé à discuter, elle se joignit un moment à eux, échangeant autours de son arme un peu particulière, un pistolet-hache. On lui dit que c’était peu commun en effet, mais rien d’étonnant. Dans ce royaume, elle trouverait bien plus originale et hors du commun. Belle pièce néanmoins. Puis, elle se dirigea au port pour observer, bras croisés sous le manteau, les bateaux vers lesquels plusieurs barques se rendaient, chargeant caisses, tonneaux et autres. Là, elle fut rejointe par une jeune femme à la chevelure noiraude qui s’arrêta à ses côtés.

- Quel est ce bateau? finit par demander Reas tout en pointant le plus gros aperçu auparavant.
- ça tu vois, c’est l’ “Ebersee” appartenant au capitaine Olaf Schaum, un corsaire de Dixomir un brin bourru qui, si tu veux mon avis, porte bien son nom. Le navire hein, pas l’cap’tain. Tout deux ont un caractère de cochon, ou c’est son propriétaire qui a hérité du caractère de son navire, j’sais plus.
- Est celui à côté? Pointant un navire plus fin est profilé pour n’offrir que peu de résistance aux vents afin de fendre la mer, la cathare posant son autre question, non sans jauger son interlocutrice.
Celle-ci possédait une chemise bleutée, des yeux encore plus bleu ainsi qu’un fusil dans le dos. Se tournant vers Reas, elle lui sourit avant de répondre:
- Là c’est l’ “Interceptor”, bâtiment du capitaine James Warren d’Alria.
- On a une flotte? se surprit à penser Reas, à haute voix.
- Ah, tu viens du royaume du centre. Oui, vous en avez une, si tenté que l’on peut appelé ça comme ça. À l’instar du navire d’ailleurs car l’intercepte pas grand chose. Enfin, il m’intercepte pas moi, c’est déjà ça. J’disais donc, c’est l’un des trois bateaux de votre flotte. Tu sais que c’est une opération commune entre plusieurs royaumes. La jeune femme marqua une courte pause avant de reprendre tout en tournant le visage de la cathare vers le dernier bâtiment: "Bref, l’on garde le meilleur pour la fin, Celui qu’aurait dû t’intéresser au premier regard, c’est le “Langekette”! La capitaine, c’est moi! Johanna Langekette!"

- Reas Ravenoath, cathare, enchantée. Pas courant une femme pirate, ou même en mer. Vous êtes fusilière?
- Nop, technomancienne. Je bricole pas mal. Bah, pas plus qu’une femme cathare je suppose.
- Vous pensez quoi de ceci? D’un mouvement d’épaule, la jeune femme retira la manche de sa veste en cuir, dégageant son bassin, cherchant son arme tandis Johanna se penchait vers l’arrière pour observer.
D’un même mouvement, elle ramena le pistolet-hache et le regard de la pirate qui lui répondit:
- Pas mal, mais bon, ça reste relativement classique. Elle marqua une courte pause avant d’indiquer qu’elle pourrait travailler dessus si envie.
Refusant pour l’instant poliment, la cathare salua Johanna et partit.

Après son réveil le lendemain, au point de ralliement, elle apprit que, pour plusieurs raisons, le départ de l’expédition serait retardé de quelques heures et qu’elle ferait partie de l’équipe contournant l’ile, sous les ordres de Johanna. Elle eut connaissance, à sa surprise, de la présence d’une wyvern qui expliquait sans doute les précautions et indications d’hier soir. Bref, elle ne partirait pas tout de suite, ce n’était peut être pas plus mal.

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Escorte vivifiante
Arc de Reas Ravenoath

Un certain nombre de personnes entourait la cathare Reas Ravenoath, quatre soldats, un prêtre ainsi qu’un homme encastré dans une armure lourde, chauve, fumant un cigare et dirigeant de manière laconique tandis que le groupe progressait dans la forêt Orochi en début d’après-midi. Porté par le bruit de la charrette tirée par le destrier du chevalier ouvrant la voie, le sifflement ambiant semblait s’éloigner au fur et à mesure de leur avancée. L’homme chauve, Graden, leva la main et la troupe s’arrêta. Puis, il descendit et désigna deux personnes chargées de tirer le tout sur le côté de la route en s’enfonçant dans les fourrées et camouflant le tout. Pendant ce temps, le chevalier observant des traces sur le sol fut rejoint par Reas, main à l’épée.

Visiblement, il s’agissait de traces de pas, deux personnes s’engouffrant dans la forêt, suffisamment perceptible pour un œil entrainé. Après quelques temps, on demanda à un soldat de rester en retrait, planqué. Les trois autres et le prêtre devraient suivre et s’engouffraient dans les hautes-herbes. Graden prit la tête avec l’un des soldats, puis vint derrière lui Reas et le prêtre et enfin, les deux derniers soldats qui se mirent à discuter.
- Putain, je déteste cette forêt.
- M’en parle pas. Il fait chaud et on peut rien boire d’autres que ce stupide thé ou de l’eau.
- Même à l’ombre de ces arbres, j’ai l’impression qu’on étouffe. Eddie a du bol d’être rester en arrière.
Sans leur prêter plus d’attention, la cathare se concentra sur le prêtre qui peinait à avancer dans la végétation abondante et se proposa de l’aider. Il ne portait pas de toge, simplement une armure légère en cuir, couvrant son buste, par-dessus du tissus tandis qu’un bâton l’aidait à progresser. Il semblait assez jeune, peut être la vingtaine avancée, mais il dégageait une certaine aura de confiance malgré sa peine à se mouvoir. Un collier marquant l’appartenance au clergé d’Orzovha et ses habits, en étant plus près, étaient finement brodés et disposaient, à l’instar de son bâton, de petites touches indiquant qu’il disposait d’un certain niveau d’expérience.

Le prêtre remercia la cathare, souriant, indiquant qu’il n’avait pas l’habitude des forêts aussi denses.
- C’est jamais évident au début. Je vous comprend, opina Reas à ces dires.
- Vous, cathare, avez une meilleur endurance que nous. Je m’en rend bien compte. Je n’ai pas encore la Force nécessaire.
- Cela viendra, ne vous en faite pas pour ça, répondit-elle en souriant un peu.
Il lui rendit le sourire, sans rien ajouter. Ayant marché un temps certain, buvant plusieurs gorgées, Graden fit signe de s’arrêter. Au loin, un cri déchira l’atmosphère.

Tout le monde porta la main à son arme, sur le qui-vive, observant les alentours. Le chevalier se dirigea prestement vers les hurlements, ordonnant de le suivre aux pas de course. Tandis que d’autres cris retentirent, la forêt se faisait de plus en plus clairsemée et Reas continua de porter assistance au prêtre qui apprécia le soutient, bien qu’il n’aille plus trop de problèmes pour progresser. La tension sembler monter dans le grouper au fur et à mesure qu’il se rapprochait du bruit. Un bruit de combat, ou tout du moins d’arbres qui se fracassaient, accompagnait la cacophonie. Puis, plus rien. Après quelques minutes, la troupe déboucha sur une clairière avec un point d’eau. Le bras se leva et tout le monde s’arrêta brusquement, reprenant son souffle. Finalement, ils posèrent leurs yeux sur l’endroit.

La terre était retournée, du sang parsemait la zone par flaques parfois denses, les arbres étaient arrachés et brisés. Au milieu de ceci, l’immense corps d’un monstre étendu, inerte. D’ailleurs, non loin de l’avant-bras gauche de celui-ci gisait un jeune homme. Tout le monde était sur les nerfs mais Graden ordonna à Reas et deux soldats d’aller vers la personne tandis que lui et le prêtre semblèrent se diriger ailleurs. La jeune femme se dépêcha de rejoindre le jeune homme étendu, précédent les deux hommes de plus en plus mal à l’aise en se rapprochant de la créature. Néanmoins, ils maintinrent un périmètre de sécurité autour d’elle tandis qu’elle examinait le corps.

Un pouls, faible. Son épaule gauche était transpercée par une épaisse branche qui s’est cassée et laissait couler du sang. L’armure métallique du jeune homme était, à un point précis, noire. Ses habits, quant à eux, demeuraient déchirés à de nombreux endroits, accompagnés de coupure sur la peau. La protection, en piteuse état, semblait avoir essuyée beaucoup de coups, contondants notamment. La jeune femme s’attela à stabiliser son état, apposant ses mains sur le torse, avant de couper les jointures de l’armure d’un mouvement de dague. Il reprenait peu à peu des couleurs. Malgré le point noir dessus la protection, pas d’autres signes distinctifs en dessous de celle-ci, ni de blessures. Elle le souleva légèrement et retira la branche par l’arrière, entrainant une coulée du liquide rouge avant de refermer la plaie du mieux qu’elle put pour l’instant. Le jeune homme paraissait toujours inconscient, mais sa respiration était stable, tout comme son pouls.

Vérifiant qu’elle n’oublie aucune blessure, elle tourna la tête vers les gardes leur indiquant de dire à Graden qu’il y avait un survivant ici. Ceux à quoi on lui répondit qu’il était occupé avec monsieur François. L’on repartirait dès qu’ ils auraient fini et qu’ils étaient là pour l’aider à porter de toute façon.
Reas opina d’un merci, détaillant plus attentivement le physique de son patient.
Il avait une cicatrice très légère au niveau de l’œil gauche et de la lèvre, une autre plus profonde au niveau de l’articulation du coude du même côté et portait un collier serti d’un rubis qui pendait à son coup.
- Je vais le porter moi, au cas où devriez l’aider en chemin, signala l’un des soldats.
- Merci, opina-t-elle pendant qu’elle l’aidait à charger le jeune homme sur le dos du volontaire.
Puis, elle jeta un coup d’œil rapide à la monstrueuse créature, observant surtout sa taille, et s’apprêta à retourner vers Graden. Mais un des soldats la retint et fit non de la tête, le regard apeuré.
- Hmm…? Il y a un problème? demanda-t-elle.
- Il nous dira quand partir. Restez ici en attendant.
Opinant, elle reporta son attention sur la bestiole, espérant qu’elle resterait belle et bien couchée.

Peu après, Graden appela l’un des soldats qui sembla lui aussi prendre quelqu’un sur ses épaules, emballé de draps. Ensuite, l’ordre fut donner de partir et tout le monde quitta les lieux. Après plusieurs heures de marches en retour, le groupe arriva vers le garde qui s’était posté en hauteur dans un arbre à proximité du chariot. Les corps furent chargés et tout le monde repartit vers la cité-état alors que la nuit commençait à poindre.
En arrivant aux portes de la ville, Reas distingua Henry, son frère, qui discuta un instant avec Graden et François, puis la salua de la main, tandis que le prêtre lui fit un petit sourire. Sur ce, le groupe se sépara, la laissant avec sa famille.

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