Ilim: Seigneurs de Nalrade

Un pour un

Dix-neuvième session

En chemin vers le Nord, le moine Arachens Tul se remémorait l’entrée de ses autres compagnons d’aventures.
La charrette bâchée dans laquelle il se trouvait s’était arrêtée avant qu’un homme ne commence à décharger les caisses entreposées à ses côtés. Une fois quelques unes déposées, le marchand retira deux planches de la carriole et souleva la bouche d’égout, peu avant de reprendre sa routine. Quelques instants plus tard, apparu dans l’embouchure un crâne en grande partie dégarni sur le dessus, aussitôt suivi d’une barbe à la Franz Joseph, fournie, pour compenser le manque de cheveux.
- Bonjour, on se connait non? demanda le nouvel arrivant tout en s’installant, le fixant d’un regard dénotant de rouerie.
- Probablement, votre visage ne me parait pas inconnu. Vous êtes? l’arachens l’observa de ces yeux livides.
- Edmond, enchanté. Avez-vous connaissance d’un certain Ravark? Un arachens lui aussi.

Alors que l’on répondait par la négative, un jeune homme, élancé, passait à son tour pour s’assoir au côté du technomancien, saluant nonchalamment l’arachens.
- Et comment te nomme-t-on? questionna Edmond.
- On me nomme Tul. Quelles sont vos talents?
Tandis que les réponses suivirent, ce fut un autre jeune homme qui éleva ses cheveux mi-longs et bruns foncés hors des égouts. Puis vint le minotaure, qui peina à entrer dans la charrette, discutant auparavant de qui de lui ou d’Elisa entreraient. La jeune femme rousse arriva donc en dernier. Le marchand finit son travail, ne laissant qu’une ou deux caisses, il remit en place la plaque et les planches.

Alors que le groupe progressait depuis quelques heures, ponctuées de pauses et de quelques échanges, une question s’imposa. La mémoire du mineur lui revint et par conséquent il demanda à Tul s’il ne s’était pas croisé durant une mission d’investigation sur une affaire de drogue, à Ashencol. Ce qui fut confirmé. La mémoire revint aussi à la jeune noble ainsi qu’à Pascal, resituant l’action. Puis, le moine commença à discuter avec le cocher qui s’appelait Roger. Il leur expliqua qu’il était marchand, bien entendu, avant d’avertir qu’ils passeraient par le village de Clair-ruisseau. L’homme marquerait leur parcourt de pauses avant qu’il n’arrive à la frontière. On lui demanda ce qu’il savait sur le village, s’il avait des spécialités, et il le leur décrit. Doté d’environ trois cent à quatre cent habitants, l’endroit possède deux écuries; une caserne, dirigée fermement par le capitaine Mortimer Black; une bibliothèque; le comptoir commercial de Kraft; ainsi qu’une chapelle. D’ailleurs, le clergé n’avait pas une influence très forte là-bas.

Le commerçant averti qu’il ferait prochainement une halte, d’ici à une heure sans doute. La décision fut approuvée par l’ensemble, Edmond indiquant que l’homme pourrait ainsi reposer son dos, et eux, le leur.
La charrette ralentit l’allure, puis s’arrêta, et l’on demanda pourquoi. Une jeune femme se tenait là, accompagné d’un homme élancé. Le technomancien descendit, suivit du minotaure, et, reconnaissant la jeune femme, soupira en marmonnant: “Ils me feront chier jusqu’ici.” Elle avait les cheveux noirs et courts descendant jusqu’à sa nuque alors que ses yeux violets en amande vinrent se fixer sur le mineur se rapprochant. Du haut des ses un mètre soixante, un sourire malicieux apparut sur son visage au petit nez. Malgré sa taille, elle paraissait athlétique. L’homme à ses côté, lui, était grand et semblait bouillir d’impatience, martelant le sol du pied. Ses cheveux bruns attachés en queue de cheval, laissait fièrement apparaitre des oreilles allongées finissant en pointe.
- Tu n’es toujours pas là où tu devrait être. Pourquoi te rends-tu vers le Nord?
- Bon, écoute, je suis spécialisé dans le domaine. Je sais où je dois me rendre pour trouver ce que je cherche.
- Ouai ouai. L’un des problèmes, c’est que tu as été payé en avance.
- Si ce n’est que ça, on va trouver un arrangement. Je peux rendre l’avance. Qu’est-ce qu’il a le chaton? annonça le mineur à l’intention de l’autre homme.
- ça serait déjà un début. Et évite de trop le provoquer, il est sur les nerfs. Bref, on est là aussi pour autre chose, annonça la léonindar, sortant un document, ainsi qu’une image représentant Elisa. Tu la reconnais non? Elle est toujours avec vous me semble-t-il.

Arramenorat demanda à Edmond si tout allait bien et, n’ayant de réponse, s’appuya contre la charrette et observa la situation, bientôt rejoint par Pascal et Emilio.
- D’ailleurs tu n’aurais pas vu Aries par hasard? Demanda la femme au technomancien.
- Non.
- C’est curieux, vu qu’elle devait se trouver au même endroit que toi.
- Si elle avait un soucis, je serais sans doute l’un des premiers à aller l’aider.
- OÙ EST ARIES?! lui hurla dessus le centaure, le saisissant au col.
- Je vous ai dit que je ne savais pas, réplica Edmond tout en gardant sa contenance. Et tu vois ces cicatrices sur ma joue? Ce sont celles faite par l’un des sénéchaux d’Orzovha, ce n’est donc pas un chaton comme toi qui va m’effrayer.

L’hystérios mâle grogna et le souleva cette fois au dessus du sol à l’aide de ses deux mains. Mais le mineur n’étant toujours pas intimidé pour autant, Eïrstios, le centaure, le balança au sol de frustration tandis qu’Orianne s’éloignait vers le groupe en attente à la charrette. Un bruit de verre brisé ce fit entendre lorsque le technomancien percuta l’herbe de son dos. Il vérifia son sac. Une bouteille d’alcool était brisée. Il en saisit les restes qu’il balança sur l’hystérios mâle lui tournant le dos. Peu après, deux orbes de feux percutèrent le sol non loin d’Edmond, ne le brulant que légèrement.

Montrant l’image à Emilio, Orianne fut prise en aparté par ce dernier, bien qu’ils furent suivis par la curiosité de Tul, et ceux malgré les gestes répétés du fusilier pour indiquer que tout irait bien. Orianne et Emilio se mirent à discuter, après que le frontalier eut lu la lettre. Il était écrit, par le père d’Elisa, qu’il fallait la ramener, si possible sans la blesser, car un mariage l’attendait. Le moine Arachens aperçut que le fusilier montrait quelque chose à la léonindar mais ne put distinguer de quoi il s’agissait. Puis, une insulte à l’intention d’Edmond de la part d’Orianne, et Emilio indiquer qu’il devait sans doute y avoir une erreur dans le document car, connaissant le père très protecteur d’Elisa, il n’indiquerait pas ce “si possible”. L’hystérios femelle répliqua que ce n’était pas son problème, mais qu’il n’aurait pas de soucis à ce faire car ils prendraient un grand soin d’elle contrairement à d’autres groupes qui pourrait venir la chercher. Le frontalier n’était pas convaincu et indiqua qu’il accepterait s’il pouvait venir avec eux. À contrecœur sembla-t-il, Orianne accepta. Il lui dit d’attendre car Emilio allait avertir Elisa afin de mieux faire passer la nouvelle, bien qu’il avait une toute autre idée en tête, qui était de lui faire passer une balle au travers de celle-ci.

Au même instant, Edmond se relevait tranquillement sous le regard embrasé d’Eïrstios.
- Pas les bouteilles… annonça le mineur, tout en se relevant et s’essuyant.
- Toujours pas besoin d’aide? demanda Arramenorat.
- Je t’ai pas sonné le beefsteak. Je m’en sors très bien tout seul. Je t’appellerai si j’ai besoin de toi pour combattre le chaton, indiqua le technomancien alors qu’il arrivait à proximité du groupe. Puis, il ajouta quelques piques bien senties à l’intention du centaure. Peu après, un bruit de galop se fit alors entendre. Eïrstios les chargeait sous sa forme animal, avant qu’un mur de flamme l’enveloppe soudainement, telle une seconde peau, pendant que sa course s’accélérait.

Dans la charrette, Elisa entendit le coché presser ses chevaux et le tout se mit en branle. Puis, quelques secondes après, un choc violent secoua la carriole, arrachant l’arrière droit de celle-ci, envoyant la jeune femme dans les pommes en lui faisant percuter de son front le banc opposé. À l’extérieur, peu auparavant, Pascal s’éloignait de la charrette alors qu’Edmond et Arramenorat s’apprêtèrent à recevoir le cheval furieux. Le technomancien, à gauche du minotaure, sortit sa chaine et une réplique:
- Voilà, là il est temps de me montrer ce que tu vaux, beefsteak.
- Pas trop tôt, répondit le barbare moulinant une fois l’une des bardiches avant de la saisir à deux main, se préparant à la frappe.
Quasiment au dernier moment, le centaure changea brusquement de direction, bousculant Edmond à l’instant même au Arramenorat abaissa sa hache, manquant l’hystérios mais plaquant au sol le technomancien d’un coup violent amplifié par la rage.

Eïrstios traversa la charrette, frôlant Tul qui s’apprêtait à y monter, dégageant tellement de chaleur qu’il le brûla légèrement. Peu après l’impact, Pascal s’élança à la poursuite du centaure tandis qu’Emilio accourut auprès d’Edmond et lui porta les premiers secours, donnant en même temps les instructions au minotaure encore sous le choc de voir l’ouverture dans le dos de compagnon de voyage et autant de sang en couler. D’ailleurs, il avait aussi sûrement brisé quelques os. Ne pouvant aider plus, il rejoignit Pascal et Tul faisant face à Eïrstios, laissant Emilio dans un certain déni. Edmond était bel et bien mort, mais il tentait tout pour le maintenir en vie.
Le moine acrobate avait profité du moment où l’hystérios se tournait pour les charger à nouveau afin de s’en rapprocher et de lui balancer un coup de poing dans le museau. L’action fit s’arrêter le cheval qui reprit, dans un nuage de vapeur, une forme humanoïde. Presque instantanément, Tul apparu au côté de Pascal, qui s’était remis en garde, et envoya un coup de pied dans la garde de l’hystérios. Arramenorat en profita aussi pour les rejoindre et frapper, sa force augmentée par la rage. L’attaque blessa leur opposant qui recula avant que trois orbes de feu n’apparaissent au dessus de ses épaules et ne viennent percuter l’arachens. Puis, un ordre retentit de la part d’Orianne: “Eïrstios, la charrette!”

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Altharos

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