Ilim: Seigneurs de Nalrade

Mnème'phélès, le village occulté

Vingt-deuxième session

Quelques minutes auparavant, Pascal s’éveillait dans une chambre où tout était grisâtre. Dans un lit à côté, un elfavalar, hystérios facilement reconnaissable à ses bois de cerfs, se relevait lui aussi. Élancé, Il avait les yeux marrons des cheveux bruns clairs et paraissait avoir trente-quatre ans. Il se présenta en tant que Pastif et tous deux se demandèrent dans quel endroit ils avaient bien put atterrir, et pourquoi? Le moine se souvenait que son groupe et lui avaient été attaqué par une léonindar du nom d’Orianne et un centaure prénommé Eïrstios.

L’elfavalar, lui, était en forêt, non loin du village de Clair-ruisseau, et en route pour le nord. Il n’avait pas la moindre idée de comment ils avaient pu arriver ici. Emportant une torche et décidant de se prêter main forte, ils se rendirent dans le couloir. Approchant des escaliers, un rire hystérique retentit dans l’établissement et une ombre les bouscula sans qu’ils n’aient le temps de distinguer quoi que ce soit. Les soupçons de Pascal grandissaient, tout comme son sentiment d’insécurité. Il pensait savoir où il se trouver, et il n’avait nullement envie d’y rester. Un murmure les interpella à hauteur des marches, leur demandant qui ils étaient. Le duo répondit, s’interrogeant sur la provenance de la voix qui signala être en contrebas. Autre chose attisa l’attention de Pascal, elle voulut savoir s’ils étaient bien avec Edmond, Arramenorat et Emilio. À l’affirmation, elle prétendit s’appeler Johnny. L’acrobate ne put s’empêcher une boutade sur l’incessant fait de murmurer, mais le nouvel arrivant lui répondit qu’il venait d’être libéré par le trio les précédant et que n’ayant ni bu ni mangé depuis très longtemps, il était très faible et avait la gorge sèche. S’excusant maladroitement, Pascal donna aussi quelques un de ses couteaux de lancer à la demande du nouvel arrivant. Quant à Pastif, il généra quelques baies qui revigoreraient quelques peu leur interlocuteur.

Pour les remercier, Johnny voulut leur permettre de rejoindre le reste du groupe. Il expliqua qu’ils s’étaient séparés pour retrouver d’autres personnes, néanmoins lorsque l’homme blafard leur indiqua d’entrer dans une pièce vide de prime abord, la confiance n’était pas au beau fixe. Le moine s’enquit auprès de leur correspondant, peut être savait-il l’endroit où il se trouvait. Mais on lui laissa exposer sa théorie à haute voix. Les limbes ou l’enfer, voilà ce qu’il exprima. Pastif et Pascal eurent un frisson. Les détails que Johnny fournit sur les autres membres du groupe finirent de convaincre l’acrobate qui se décida à entrer, suivi du druide. Un pas, puis un autre, et un autre, et le vide. Ils chutaient.

On parlait, et quelque chose avait amorti leur chute, une pile de cadavres. On interpella le moine. C’était Edmond et Emilio, visiblement ravi de le voir. L’ambiance lourde se dissipait peu à peu avec les remarques et échanges de Pascal. Tout d’un coup, le technomancien se rappela qu’Arramenorat était à l’agonie et envoya Pastif lui appliquer les premiers secours. Il signala aussi que la zone serait consacrée et sûr pour quelques instants. Observant les alentours, deux nouvelles flammes vertes illuminaient les environs et, fouillant la zone, ils découvrirent une nouvelle partie du tiers de sceau sur le corps de Sigmund. Grâce à la magie et aux compétences du druide, l’état du minotaure se stabilisa et il revint parmi eux. Le mineur voulu savoir ce qu’il lui avait pris de charger tête baissée, et il expliqua avoir vu Elisa sur les cadavres, ainsi qu’Emilio, Elisa et… lui-même.

Le nouveau groupe ainsi formé récupéra des armes et du matériel sur les morts, chacun y trouvant son compte, aussi bien avec l’équipement que dans la mort d’Orianne et Eïrstios. D’ailleurs, après une inspection minutieuse, il s’avérait que les divers documents que possédaient ces deux étaient des faux. Quelques minutes plus tard, leur laissant à peine le temps de récupérer, un lourd bruit de roulement résonna, emplissant l’espace.
- On bouge, la zone n’est plus consacrée, il n’avait pas assez pour un forfait, trop cher, à la minute, déclara Edmond, anticipant toutes questions.
En effet, les flammes verdâtres s’éteignirent, les plongeant dans l’obscurité et la brume, éclairé maintenant uniquement de leurs lampes et leurs torches. L’arc du mineur fut encoché d’une flèche lumineuse qu’il tira, perçant la blancheur, frôlant l’un des arbres soutenant la torche auparavant enflammée et se logeant quelques instants dans les pavés.
À nouveau, ils s’aventurèrent dans la fumée blanche, sur les nerfs. Le fusilier et le technomancien tentèrent bien de mettre au point une tactique pour se rassurer eux et les autres, mais les paroles creuses eurent l’effet inverse. Dans le brouillard, le mineur s’arrêta même un instant. Une silhouette blafarde ressemblant fortement à Johnny l’invitait à sortir des rangs.
- Tu vois ce que je vois? marquant une pause, il poursuivit: “Bien ce qu’il me semblait. Vous les voyez aussi?”
Autour d’eux, la brume semblait parfois se déplacer, mue par des déplacements d’air, ou d’autres choses. Aucun bruit ne leur parvenait, en dehors de leur déplacement. Mal à l’aise, La troupe saisit leur arme.

Elle parvint, après un temps semblant s’éterniser, à distinguer les contours d’une bâtisse, une chapelle pour être plus précis, apposée de la marque contemporaine du clergé d’Alria. Pascal se tourna, plongeant son regard dans le lointain, observant s’ils furent suivis, pendant qu’Arramenorat poussait les portes. Edmond eut, semble-t-il, un léger malaise, mais se ressaisit. Pendant un instant très bref, la vision de la troupe sembla se superposer, comme si deux réalités ne faisaient plus qu’une. Là, un homme les attendait. Au niveau du chœur, Arramenorat et Pastif découvrirent un homme les accueillant à bras ouvert et, sur l’autel, à sa gauche, une statuette d’environ quarante centimètre de hauteur. Celle-ci représentait un homme svelte assis sur un rocher, tête, dotée d’un bouc, posée sur ses deux mains elles même posée sur le genou de la jambe droite croisée sur la gauche à hauteur de cheville. Bien plus marquant, dans les bancs de la Nef, chacun des corps du groupe était assis, comme assoupis.

Emilio, lui, vit en plus une étrange masse noirâtre derrière le vitrail éclairant la pièce, masse qu’Edmond reconnut distinctement comme étant la créature semblable à une chouette qui avait, entre autres, failli le précipiter dans le vide à la grotte sous le manoir Talin. D’ailleurs, il en détourna les yeux par reflexes. Qui plus est, la personne les accueillant semblait plus que ravie de voir le mineur.
- Enfin, enfin vous voilà! J’ai tout préparé. Cela m’a pris des semaines, mais j’y suis parvenu et enfin vous voilà!
Demandant à Emilio de se tenir prêt, Edmond matérialisa une flèche. L’intervenant s’arrêta, incrédule, reprenant:
- Mais… ne me reconnaissez-vous pas seigneur, c’est moi, Rhycil! Non, ce n’est pas possible…
- Et pourtant, répondit le mineur, laissant filer le trait quasiment simultanément que la balle.
- Trahison! Traitres! Mourrez tous!
Les projectiles frôlèrent leur opposant et, au même moment, à gauche et à droite de ce dernier, une fissure verticale apparut dans l’air. Des doigts énormes passèrent aux travers, déchirant l’espace pour laisser place à des gargouilles de tailles humaines. Le minotaure chargea.

Pastif se concentra et lierres ainsi que lianes vinrent entraver les mouvements de la créature à sa droite. Pourtant elle forçait, jouant des muscles qui se gonflaient à vue d’œil et dotée d’une force colossale, brisant les liens qui se resserraient de plus belle, manœuvrant pour sortir une lourde masse d’arme à deux mains. Sa gueule de chauve-souris poussa un cri. L’autre gargouille gonfla son torse et cracha quelque chose en direction d’Emilio qui se rua entre les bancs. Le trait violet brisa un morceau de bois et dégoulina. Promptement, le fusilier fit un mouvement de charge, prit appui sur le meuble et réplica de sa nouvelle arme, appliquant une propriété magique à la balle. La créature replia ses ailes, manquant de justesse de parer le tir. Un hurlement retenti et elle déploya ses protections, prenant de la hauteur. Arramenorat abattit sa hache double, très récemment acquise, sur Rhycil qui s’était emparé de son long bâton terminé d’une massue pour parer le coup. Un trait de lumière frappa l’armure de l’homme, laissant la hache percuter elle aussi la protection avant que le coup ne glisse et ne se fasse dévier. Le minotaure para à son tour la frappe, avant qu’un deuxième coup ne le fasse reculer de quelques pas. Pastif maintenait comme il pouvait l’emprise, mais la gargouille sembla secouer la tête en se débattant, bavant de la lave qui brûla les entraves.

La créature qui s’était envolée visa Edmond qui tenta de se mettre à couvert, mais le cracha violâtre le toucha à la jambe, juste au-dessus de la partie métallique. Précipitamment, il se saisit de la première bouteille d’alcool dans son sac qui lui tomba sous la main et la déversa sur la blessure. Puis, il réclama la présence de Pastif.
Pascal venait d’entrer. Attiré par le vacarme, il avait délaissé son poste de garde. Il vit la gargouille se désentraver. Rhycil avait reculé d’un pas, profitant de la frappe horizontale du barbare qu’il avait déviée. L’homme manœuvra sur le côté droit d’Arramenorat et le frappa dans le dos, le faisant avancer vers le démon. Ce dernier leva sa masse, fut blessé de kunaïs qui se logèrent dans son bras, et l’abattit sur l’hystérios. La violence du choc qui fut paré in extremis souleva de la poussière. Les yeux du barbare se révulsèrent quelques secondes. Puis, il reprit ses esprits. Dans un dernier effort, il fendit le crâne de la créature, et s’écroula tout comme elle. Ne pouvant l’aider d’avantage, le moine décida de se précipiter dans l’immédiat vers Emilio. L’acrobate prit appui sur un banc et, d’un mouvement vif et puissant, fit faire connaissance de son bâton de guerre à la gargouille volante, l’envoyant percuter une colonne avant de s’acharner sur l’hideux visage tandis que le bruit d’os craquant s’élevait. Après quelques coups, il décida de stopper et d’aller vers le dernier adversaire.

Le druide matérialisa quelques baies qu’il fit avaler au technomancien et pensa la plaie. Si poison il y avait, ils espéraient avoir agi à temps. Edmond voulut tirer, mais il eut à nouveau un malaise et manqua, se plantant dans les marches menant au chœur sans pouvoir prêter main forte au minotaure. Visant comme il put, il tira en direction de vers où il estimait que la tête du barbare se trouvait. La flèche se planta dans le démon couvrant le corps d’Arramanorat et il lança: “Ta vie m’appartient, ne l’oublie pas!”
Emilio visa Rhycil et un coup partit. Leur opposant se dirigeait vers eux, traversant la croisée du transept, mais la balle l’arrêta, lui faisant mettre un genou à terre. Il avait levé le bras pour frapper le moine qui allait maintenant à sa rencontre, mais fut transpercé d’un tir. Il perdit l’équilibre, le regard incrédule et emporté par le poids de son arme, tombant à genoux. D’un mouvement de hanche entrainant un coup de pied, Pascal frappa la tête de Rhycil, produisant un craquement l’étalant brusquement sur le sol. Juste après, Pastif et Pascal dégagèrent le corps de la gargouille, se précipitant vers Arramenorat, plus de pouls, ni de respirations.

Les deux autres occupés, Emilio récupéra la dernière pièce et s’attelait déjà à rassembler les trois parties alors que le technomancien demeurait pensif. Soudainement, il annonça qu’ils pouvaient encore le sauver s’ils parvenaient à rassembler les parties. Pendant que le druide tentait peut être vainement de soigner le corps du barbare, les derniers réfléchissaient, jouant avec les pièces pour le reconstituer. Plongé dans une réflexion profonde, le mineur s’écria brusquement “triangle” au moment où le fusilier venait d’assembler l’objet, formant un triangle au centre. Les pièces coulissèrent, reformant le cylindre. Une lumière s’en dégagea, les aveuglants juste après qu’à nouveau la réalité leur sembla se superposer au rêve, ou l’inverse? Pendant un bref instant, ils semblèrent voir depuis l’extérieur de la chapelle, d’un regard inquisiteur plongeant sur eux et leurs corps, puis plus rien. Tout était noir.

Lorsqu’ils reprirent conscience, ils étaient assis dans les bancs de la chapelle avec l’entièreté de leurs équipements à disposition. Ils se levèrent, sauf Arramenorat. Là où se trouvait la statuette se tenait maintenant un homme lui ressemblant traits pour traits, richement vêtu, et s’amusant de la scène. À ses pieds, le corps de Rhycil, à ses côtés, ils pouvaient désormais voir clairement le corps d’Ardrick Talin étendu sur l’autel, derrière le vitrail tout le monde distinguait l’étrange chouette, et tout le monde en détourna rapidement les yeux.
- Merci, cela fait plus de sept cents ans que je n’ai pas parcouru l’Ilim, indiqua l’homme d’une voix suave et calme.
- Quel mal avons-nous encore libéré cette fois? demanda Emilio.
- Si vous le permettez, voici Méphistophélès, précisa Edmond, attendant l’approbation. Nous étions dans les limbes et il nous en a fait sortir.
- Ce n’est pas tout à fait exact, comme je te l’ai répété. Vous étiez à Mnème’phélès. Pour ne pas faire compliqué, il s’agit là d’une partie de ma mémoire.
- Et ça? pointa le fusilier en direction de la chouette.
- C’est mon augure. N’avez-vous sans doute pas entendu parler d’Odin. Il a deux corbeaux, Hugin et Munin, qui parcourent les mondes et lui rapportent ce qu’ils ont vu. C’est le cas pour lui.
- Il brise le voile entre les réalités, précisa Edmond.
- Et… pouvez-vous le faire partir? voulut savoir le frontalier.
- Je me vois dans l’obligation de refuser. D’ailleurs, c’est à vous de quitter ce lieu. Comme je vous l’ai déjà dit, il n’est déjà plus vôtre.

À cette menace sous-jacente, le groupe vérifia naturellement s’il portait bien leur arme, comme pour se rassurer.
- Néanmoins, pour vous remercier de votre aide, vous pouvez partir sans risque, jusqu’à ce que nous nous recroisions. Mais j’ai aussi une autre proposition, mettez-vous à mon service, vous verrez que je suis quelqu’un de conciliant.
- Vous êtes un démon c’est ça, ou un ange?
- Ne me compare pas à mes serviteurs. Je suis un Nephilim, l’un des premiers nés.
- Et que complotez-vous? Cette fois ce fût autour de Pascal d’intervenir de manière nonchalante.
- Rien de particulier, je ne suis là que pour aider l’humanité, lui apporter l’ascension. Je ne suis pas sans savoir que vous avez déjà croisé Caïn, toujours à la recherche de son frère Abel et dans le déni. Lucifer aussi est bien implanté, bien que Michaël lui conteste l’autorité. Mais je n’ai pas la soif de sang de Caïn, ni la vindicte de Michaël ou l’orgueil de Lucifer, vous n’avez pas à vous en faire.
- Et que devrions-nous réaliser si nous étions à votre service? Faire du porte à porte en tant que témoin de Méphistophélès? Prêchez votre parole? railla le technomancien.
- Plus personne ne fait ça. Il vous suffit simplement de porter ceci, dit-il en matérialisant dans sa main droite cinq chevalières. Qui plus est, je peux aussi ramener votre compagnon, précisa-t-il en pointant vers Arramenorat. Mais pour ce faire il me faudrait votre consentement total, et pour que cela soit clair, il me faut bel et bien vos quatre voix.

Edmond saisit l’une des bagues, puis Pascal fit de même, mais ils ne la passèrent pas de suite à leur doigt.
- Tu te rappels quand je te parlais de mon ami? C’était lui. C’est grâce à lui que nous sommes sortis et que je suis revenu, si cela peut t’aider à faire un choix, signala le technomancien à l’intention du fusilier.
- Je ne souhaiterais pas devoir recommencer plusieurs fois mes explications, pourriez-vous vous décider pour lui?
Pascal et Emilio approuvèrent, tout comme Pastif, bien qu’il ne le connaissait que depuis peu.
- Est-il possible de le ramener en lui faisant oublier une partie de ses souvenirs, comme sa famille par exemple? Vengeance personnelle, vous comprenez j’en suis sûr, s’enquit Edmond.
- Cela ne m’est pas impossible en effet.
- Alors vous avez ma voix, approuva le technomancien.
Le Nephilim claqua des doigts et la poitrine musclée du minotaure se gonfla d’une profonde inspiration. Puis, il ouvrit les yeux, hagard.
- Bon retour parmi nous, Maximilien.

On lui fit le topo sur la situation et le barbare se saisit de la chevalière sans hésitation. Après tout, il s’agissait là de son sauveur, il était donc naturel de se mettre à son service. Finalement, tous prirent la bague et tous, à l’exception de Pastif, la mirent. Edmond tenta de la retirer immédiatement, mais en vain. Après quelques secondes, parcourant les contours dorés ceinturant le noir d’ébène, une lumière remonta le cercle de la bague jusqu’aux épaules et vint marquer le chaton de plusieurs sceaux. Une nouvelle force les envahit. Ils se sentaient bien et finalement ravis de la porter.
- J’ai une dernière question, insista le technomancien. Faust a-t-il vraiment existé?
- Oui, bien que cela ne soit que romancé. Si de questions vous n’avez plus, je ne peux que vous laisser, Rhycil ayant obtenu ce qu’il voulut, et moi aussi.
Méphistophélès se leva et passa à côté d’eux, puis la porte de la chapelle, puis plus rien.

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Altharos

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