Ilim: Seigneurs de Nalrade

Escorte vivifiante
Arc de Reas Ravenoath

Un certain nombre de personnes entourait la cathare Reas Ravenoath, quatre soldats, un prêtre ainsi qu’un homme encastré dans une armure lourde, chauve, fumant un cigare et dirigeant de manière laconique tandis que le groupe progressait dans la forêt Orochi en début d’après-midi. Porté par le bruit de la charrette tirée par le destrier du chevalier ouvrant la voie, le sifflement ambiant semblait s’éloigner au fur et à mesure de leur avancée. L’homme chauve, Graden, leva la main et la troupe s’arrêta. Puis, il descendit et désigna deux personnes chargées de tirer le tout sur le côté de la route en s’enfonçant dans les fourrées et camouflant le tout. Pendant ce temps, le chevalier observant des traces sur le sol fut rejoint par Reas, main à l’épée.

Visiblement, il s’agissait de traces de pas, deux personnes s’engouffrant dans la forêt, suffisamment perceptible pour un œil entrainé. Après quelques temps, on demanda à un soldat de rester en retrait, planqué. Les trois autres et le prêtre devraient suivre et s’engouffraient dans les hautes-herbes. Graden prit la tête avec l’un des soldats, puis vint derrière lui Reas et le prêtre et enfin, les deux derniers soldats qui se mirent à discuter.
- Putain, je déteste cette forêt.
- M’en parle pas. Il fait chaud et on peut rien boire d’autres que ce stupide thé ou de l’eau.
- Même à l’ombre de ces arbres, j’ai l’impression qu’on étouffe. Eddie a du bol d’être rester en arrière.
Sans leur prêter plus d’attention, la cathare se concentra sur le prêtre qui peinait à avancer dans la végétation abondante et se proposa de l’aider. Il ne portait pas de toge, simplement une armure légère en cuir, couvrant son buste, par-dessus du tissus tandis qu’un bâton l’aidait à progresser. Il semblait assez jeune, peut être la vingtaine avancée, mais il dégageait une certaine aura de confiance malgré sa peine à se mouvoir. Un collier marquant l’appartenance au clergé d’Orzovha et ses habits, en étant plus près, étaient finement brodés et disposaient, à l’instar de son bâton, de petites touches indiquant qu’il disposait d’un certain niveau d’expérience.

Le prêtre remercia la cathare, souriant, indiquant qu’il n’avait pas l’habitude des forêts aussi denses.
- C’est jamais évident au début. Je vous comprend, opina Reas à ces dires.
- Vous, cathare, avez une meilleur endurance que nous. Je m’en rend bien compte. Je n’ai pas encore la Force nécessaire.
- Cela viendra, ne vous en faite pas pour ça, répondit-elle en souriant un peu.
Il lui rendit le sourire, sans rien ajouter. Ayant marché un temps certain, buvant plusieurs gorgées, Graden fit signe de s’arrêter. Au loin, un cri déchira l’atmosphère.

Tout le monde porta la main à son arme, sur le qui-vive, observant les alentours. Le chevalier se dirigea prestement vers les hurlements, ordonnant de le suivre aux pas de course. Tandis que d’autres cris retentirent, la forêt se faisait de plus en plus clairsemée et Reas continua de porter assistance au prêtre qui apprécia le soutient, bien qu’il n’aille plus trop de problèmes pour progresser. La tension sembler monter dans le grouper au fur et à mesure qu’il se rapprochait du bruit. Un bruit de combat, ou tout du moins d’arbres qui se fracassaient, accompagnait la cacophonie. Puis, plus rien. Après quelques minutes, la troupe déboucha sur une clairière avec un point d’eau. Le bras se leva et tout le monde s’arrêta brusquement, reprenant son souffle. Finalement, ils posèrent leurs yeux sur l’endroit.

La terre était retournée, du sang parsemait la zone par flaques parfois denses, les arbres étaient arrachés et brisés. Au milieu de ceci, l’immense corps d’un monstre étendu, inerte. D’ailleurs, non loin de l’avant-bras gauche de celui-ci gisait un jeune homme. Tout le monde était sur les nerfs mais Graden ordonna à Reas et deux soldats d’aller vers la personne tandis que lui et le prêtre semblèrent se diriger ailleurs. La jeune femme se dépêcha de rejoindre le jeune homme étendu, précédent les deux hommes de plus en plus mal à l’aise en se rapprochant de la créature. Néanmoins, ils maintinrent un périmètre de sécurité autour d’elle tandis qu’elle examinait le corps.

Un pouls, faible. Son épaule gauche était transpercée par une épaisse branche qui s’est cassée et laissait couler du sang. L’armure métallique du jeune homme était, à un point précis, noire. Ses habits, quant à eux, demeuraient déchirés à de nombreux endroits, accompagnés de coupure sur la peau. La protection, en piteuse état, semblait avoir essuyée beaucoup de coups, contondants notamment. La jeune femme s’attela à stabiliser son état, apposant ses mains sur le torse, avant de couper les jointures de l’armure d’un mouvement de dague. Il reprenait peu à peu des couleurs. Malgré le point noir dessus la protection, pas d’autres signes distinctifs en dessous de celle-ci, ni de blessures. Elle le souleva légèrement et retira la branche par l’arrière, entrainant une coulée du liquide rouge avant de refermer la plaie du mieux qu’elle put pour l’instant. Le jeune homme paraissait toujours inconscient, mais sa respiration était stable, tout comme son pouls.

Vérifiant qu’elle n’oublie aucune blessure, elle tourna la tête vers les gardes leur indiquant de dire à Graden qu’il y avait un survivant ici. Ceux à quoi on lui répondit qu’il était occupé avec monsieur François. L’on repartirait dès qu’ ils auraient fini et qu’ils étaient là pour l’aider à porter de toute façon.
Reas opina d’un merci, détaillant plus attentivement le physique de son patient.
Il avait une cicatrice très légère au niveau de l’œil gauche et de la lèvre, une autre plus profonde au niveau de l’articulation du coude du même côté et portait un collier serti d’un rubis qui pendait à son coup.
- Je vais le porter moi, au cas où devriez l’aider en chemin, signala l’un des soldats.
- Merci, opina-t-elle pendant qu’elle l’aidait à charger le jeune homme sur le dos du volontaire.
Puis, elle jeta un coup d’œil rapide à la monstrueuse créature, observant surtout sa taille, et s’apprêta à retourner vers Graden. Mais un des soldats la retint et fit non de la tête, le regard apeuré.
- Hmm…? Il y a un problème? demanda-t-elle.
- Il nous dira quand partir. Restez ici en attendant.
Opinant, elle reporta son attention sur la bestiole, espérant qu’elle resterait belle et bien couchée.

Peu après, Graden appela l’un des soldats qui sembla lui aussi prendre quelqu’un sur ses épaules, emballé de draps. Ensuite, l’ordre fut donner de partir et tout le monde quitta les lieux. Après plusieurs heures de marches en retour, le groupe arriva vers le garde qui s’était posté en hauteur dans un arbre à proximité du chariot. Les corps furent chargés et tout le monde repartit vers la cité-état alors que la nuit commençait à poindre.
En arrivant aux portes de la ville, Reas distingua Henry, son frère, qui discuta un instant avec Graden et François, puis la salua de la main, tandis que le prêtre lui fit un petit sourire. Sur ce, le groupe se sépara, la laissant avec sa famille.

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When die, go?
Arc du chevalier Yannick

Alors qu’il dormait, l’on vint frapper à sa porte et la voix familière de Shida l’interpella:
- Yannick?
Se levant, encore fatigué, il se dirigea vers la porte, lançant un “Oui?” avant de l’ouvrir.
Là, se tenait Shida, et derrière elle, Aria.
Il les regardant un instant avant de s’attarder sur Shida et de lui demander si elle avait besoin de quelque chose?
- Bradley m’a dit te transmettre ceci. Et que tu voulais peut être me parler, annonça-t-elle en tendant des feuilles sur lesquelles des esquisses étaient dessinées.
Le jeune homme saisit les papiers, les examinant un peu avant de la regarder:
- Bah… Savoir si tu vas bien… si cette vie te… convient? Bradley est pas très bavard à ton sujet, donc je profère te parler directement.

Shida jeta un petit regard à Aria qui l’observa un instant avant de soupirer et de s’éloigner de quelques pas. Elle reprit:
- Il me traite convenablement. Il est très occupé, mais je n’ai jamais vraiment pensé le contraire au vue de sa position. Il est absorbé par son travail. Ton bras va mieux?
- Je vois… J’espère que ça ira, déclara-t-il en suivant du regard Aria puis en le reposant sur l’autre jeune femme.
Puis, il observa son bras gauche, tentant de le faire bouger. Un spasme encourageant le parcourut.
Il en était le premier surpris avant d’annoncer:
- ça s’améliore disons.
- Tant mieux. J’espère aussi que ça ira, je suis un peu nerveuse… mais c’est normal, je pense. Je n’ai eu l’occasion de te remercier non plus, convenablement disons, dit-elle tout en plongeant la main dans son bustier pour en retirer un collier.
- Me remercier? Me remercier de quoi? Je passe mon temps à t’embarquer de mésaventure en mésaventure.
Elle secoua la tête.
- Disons que ça m’a fait du bien de… faire autre chose et de rencontrer des gens. Je ne serais pas là si tu n’y avais pas veillé. Tu n’as pas voulu répondre à la question du comte qu’il t’a posée à la joaillerie. Disons que c’est un cadeau commun pour m’avoir aidé.

Le rubis était d’assez petite taille mais encastré dans un pendentif sobrement décoré. Dès l’instant où il l’aperçut, il sentit une attirance étrange et il lui semblait briller légèrement.
Opinant nonchalamment, il répondit que vu comme ça… Puis il plissa les yeux, ressentant l’attirance de la pierre. Il demanda s’il s’agissait d’une vitis? Mais Shida répondit qu’elle ne savait pas et voulut savoir pourquoi cette question. Le jeune homme regarda la jeune femme et lui répliqua qu’il s’agissait là d’un pressentiment d’élémancien.
- Hum… c’est vrai… Tu dois pas être au courant… mais Bradley, avec un truc alchimique, me permet de maitriser…
En guise de continuité de sa phrase, il tendit un peu sa main droite, paume vers le haut, et fit apparaitre une flamme.
Shida poussa un “Oh!” de surprise, écarquillant les yeux. Juste après, Yannick refermait sa main, l’éteignant et baissant le bras.
- ça m’a surpris aussi, la première fois. Puis, se frottant la nuque, il lui demanda si c’était elle qui avait choisi la pierre?
- À vrai dire… non, juste le collier qui la porterai. J’aurai bien voulu mais il me l’a montrée et j’ai pensé qu’elle tirait bien.
Il opina, souriant un peu:
- C’est gentil, merci. Je l’essaie tout de suite pour que tu puisses voir, précisa-t-il, tendant une main

Une fois qu’il l’eut passée et qu’elle se posa sur son buste, une douce chaleur se distilla dans son corps avant que la sensation ne s’évanouisse en même temps que la lumière de la pierre.
- Elle te va bien, précisa Shida.
Aria les observait d’un peu plus loin, dévisageant le jeune chevalier qui sourit à Shida en retour. Il jeta un coup d’œil à la Cathare:
- Bon, je devrais pas te prendre autant de temps, tu dois être assez occupée aussi, je crois.
- Oh tu sais… Je vais devoir finalement t’accompagner après.
- Je vois… Bah le temps que je me prépare aussi.
- Je raccompagne Shida et je t’attends ici.
- Fais attention, s’inquiéta la jeune femme.
- J’y veillerai aussi… rajouta Aria.
Opinant, le chevalier salua Shida de la main: “Je ferais de mon mieux…” Puis il se retourna en ne faisant aucune remarque sur ce que venait de dire la cathare.

Yannick se prépara. Ne pouvant bouger convenablement son bras, il ne pris ni le bouclier, ni la lance. Il chercha de quoi faire une attelle qu’il finit par demander poliment au garde lui apportant le déjeuner et les médicaments. Ce dernier la ramena lorsqu’il vint chercher le plateau et le jeune homme l’installa. Lorsqu’il sortit, Aria l’attendait.
- Je vous suis du coup.
- Tutoie moi s’il te plait. ça sera plus aisé, indiqua la cathare.
Ils sortirent par l’entrée principale du manoir, et directement ils sentirent la relative chaleur s’installer, surtout avec l’équipement. Aria s’arrêtait de temps en temps pour regarder marchandises ou vitrines et, en chemin, Yannick voulut savoir si elle l’accompagnait pour la durée de la récolte. Il observa aussi son matériel, anticipant d’éventuels achats.
- Pour la récolte? Tu n’es pas sans savoir qu’il y a de plus en plus d’incarnations. Tu as un bras en moins donc je suis là pour te filer un coup de main… Sans jeu de mots… Et il parait aussi qu’il renforcer la cohésion du groupe.
La dernière phrase sembla volontairement plus inaudible, comme elle l’avait à moitié marmonnée, bien qu’elle demeurait aisément perceptible au-delà de la foule. Épée, bouclier, armure, bourses, dagues, sacoche, sac, elle avait aussi l’air suffisamment équipée.
- Les incarnations m’étaient sorties de la tête… opina-t-il, tout en cherchant lui aussi quelques vendeurs.
Il acheta une boussole, une grande sacoche et une épée longue.

Après avoir marché plusieurs heures, ils arrivèrent enfin en bordure de ville. Aria lui indiqua une taverne non loin de la sortie.
- Envie de boire un truc avant d’y aller? demanda le jeune chevalier.
- J’ai chaud, et soif.
- Allons-y, j’offre.
La cathare posa une partie de son matériel à côté d’une chaise en terrasse et s’installa tandis que Yannick fit de même, retirant son gantelet droit et interpellant un serveur. On vint prendre leur commande: un sirupus aux fruits rouges pour elle, et une bière pour lui. Un regard de désapprobation lui fut lancé, mais elle ne dis rien. Quand le serveur revint, il paya d’un manz et on lui rendit ces quarante Alrianne d’argent. Il récupéra la monnaie et sirota tranquillement sa bière tandis qu’elle fit de même avec sa boisson, reportant son regard sur la foule et les nombreuses allées et venues. Yannick surveilla néanmoins le matériel, bien qu’en dehors du serveur, personne ne fit mine de s’approcher. Aria se leva, récupéra ses affaires puis regarda le chevalier droit dans les yeux, lui lança un “Merci” avant de lui tourner le dos et de se remettre en route, ouvrant la voie. Le jeune homme s’était relevé en même temps, avait remis son gantelet et ajouta un “C’est tout naturel.” qui fit s’arrêter la jeune femme quelques secondes avant qu’elle ne reprenne sa marche.

Passant les lourdes portes sans encombre, sans même se faire arrêter, ils progressèrent quelques minutes sur le chemin avant de s’en éloigner pour pénétrer en forêt. Alors que le soleil semblait haut et commençait à taper fort, une certaine fraicheur relative s’installa en même temps que l’ombre de la canopée. Mais, il faisait néanmoins chaud et lourd. Afin de compenser la chaleur, et les quelques courtes haltes pour évacuer le diurétique, il allait falloir boire plusieurs gorgées. Le chevalier porta par reflexe sa main à sa gourde lorsque la cathare bût, avant de s’apercevoir qu’il n’en avait pas. Gêné, Il décida de s’abstenir jusqu’au prochain point d’eau qu’ils mirent encore quelques heures avant de trouver. Là, la jeune femme lui indiqua, après inspection, qu’il pouvait remplir sa gourde, accentuant son malaise. Il s’assit non loin de l’étendue, tentant de boire d’une main. Aria le regarda, soupirant, puis lui tendit une gourde.
- Tiens… J’en achèterai une autre. Je crois que les plantes que tu cherches son dans le coin.
Baissant la tête et se sentant parfaitement ridicule, Yannick s’excusa. Il se retient néanmoins de boire tout de suite pour se relever, mit la gourde dans sa sacoche et observa les environs, tout en sortant les fiches pour revoir et bien mémoriser les esquisses.
- Mouai. Évite la bière en fonction, et surtout par ses chaleurs, conseilla-t-elle alors que le jeune homme commençait à quadriller la zone.

Après quelques minutes durant lesquelles il fouilla, sur la défensive, Yannick finit par trouver ce qu’il cherchait, mais des voix parvinrent dans sa direction, sans qu’il en puisse distinguer outre la nature.
- Il devrait y avoir un point d’eau non-loin.
- Il faut qu’on retrouve la route.
- Tu as trouvé ce que tu cherchais? demanda Aria.
Le chevalier se retourna pour la regarder.
- Je trouve oui. Et j’entends des gens plus loin.
La jeune femme se rapprocha, lui donnant une autre sacoche et une serpe, tandis qu’il se baissait pour les plantes, chacun tendant l’oreille. Plus distinctement maintenant, les branches craquaient et les personnes se rapprochaient. Puis, l’un d’eux se mit à crier, suivi par un autre cri, plus strident, bien plus dérangeant. Un bruit de lutte, plus rien.

Plissant les yeux, Yannick se retourna vers Aria, toujours baissé et lui demanda si elle avait une idée de ce que cela pouvait être. Alors qu’elle secouait sa tête, son silence fut parlant. Pendant qu’un bruit de lutte leur parvint, il se redressa, rangeant la sacoche dans sa sacoche, mit la serpe à sa ceinture et porta la main à son épée longue tout reculant doucement. Puis, le silence redevint complet. Aria aussi s’éloigna à reculons, épée et bouclier au poing, avant de se concentrer afin de matérialiser un halo lumineux horizontale qui manifesta un être de lumière. L’incarnation qui apparut était celle qui, de son immense épée, avait laissée une trace de son passage sur le buste du jeune homme durant le tournoi. N’y prêtant plus d’attention, le chevalier dégaina doucement et regarda autour d’eux, ainsi qu’au dessus, tandis que quelque chose de lourd semblait se déplacer vers leur gauche puis s’arrêta. De là, il distingua une masse grisâtre entre les arbres, à plusieurs mètres d’eux. Elle devait faire à peu près deux fois leur taille, voir plus, et paraissait couverte de poils. Un nouveau déchira l’atmosphère. La chose se déplaçait sur ses deux pattes arrières, mais ses avant-bras étaient bien plus massifs que ses jambes. Le chevalier porta son focus sur… ça, jetant un rapide coup d’œil dans la direction d’Aria. Elle transpirait, le regard suivant la silhouette.

Brusquement, la créature se tourna dans leur direction, hurla, et les chargea. On aurait dit un loup-garou en forme hybride, mais sa peau était retournée par endroit, déchiquetée, comme si elle avait éclaté de l’intérieur, pendante en filet de sang grotesque. Ses côtes étaient entièrement visibles, sa mâchoire démesurée, le poil cendreux maculé de rouge sur les avant-bras et au niveau de la gueule.
- Va à droite! lâcha rapidement Yannick, se ruant sur la gauche.
Les arbres s’écartèrent sous la charge alors que l’ordre fusa. Au même instant, l’incarnation fonça sur le centre avant de se faire lourdement plaqué au sol, perdant l’énorme épée qui se planta plus loin. Tandis que la monstruosité lui perçait la poitrine d’un coup d’énorme patte, l’être de lumière riposta d’un poing dans la gueule, puis d’un autre, faisant s’acharner d’autant plus la bête. La poussière soulevée emplit l’air de l’odeur âcre du sang alors que le chevalier arrivait à hauteur de la jambe d’une épaisseur quasi-similaire à un homme. Tentant un frappe horizontale, la lame se planta, arrivant presque instantanément dans l’os.

Un cri déchira l’air et le jeune homme lâcha l’épée enfoncée trop durement à l’instant où la monstruosité se tourna sur l’incarnation pour leur faire face à nouveau. Elle leva une patte avant de ramasser la boule de feu de l’élémancien dans la cage thoracique. Un nouveau hurlement vrilla les tympans alors que, dans la panique, la créature abattit sa main, frappant autour d’elle, raclant le sol. Le premier coup fut esquivé, mais le raclement envoya le jeune chevalier sur le sol, le couvrant d’un peu de terre. L’incarnation et sa lame disparaissaient petit à petit en particules lumineuses. Le monstre bondit en arrière, toujours à portée pour frapper le duo restant.
- Garde la gauche! lança le chevalier tout en matérialisant une nouvelle orbe de flammes qu’il envoya aussitôt sur l’immense main s’apprêtant à le saisir, la faisant reculer brusquement.
À la droite de la créature, ses griffes percutèrent quelque chose de solide et son attention se reporta immédiatement là dessus. D’un balayage du bras gauche frôlant Yannick, la monstruosité frappa le dôme invisible puis se mit à le frapper lourdement, semblant oublier la présence de l’homme.

Celui-ci se précipita à gauche, retournant vers son épée et les poils la recouvrant un peu. Il tendit la paume, se concentrant malgré les mouvements incessants, générant un flammes. Une odeur de grillé emplit l’air, mais pas ce à quoi il s’attendait. Le poil ne fit que raccourcir jusqu’à perdre le contact de la flamme. Un bruit similaire à celui du verre se brisant retentit. Le chevalier réfléchit un court instant puis dégaina son épée courte, se concentra sur sa posture et se précipita vers l’autre jambe au moment où un craquement se fit entendre. À hauteur du torse, il se tourna, assénant un coup dans les côtes. Une goutte perla sur son front, fraiche. Immédiatement, l’odeur du sang lui parvint. Il semblait avoir fait mouche. La patte gauche de la créature se rua dessous elle, fonçant sur Yannick, percutant l’épée dressée qui absorba le choc et le fit reculer sur le sol terreux, brisant sa garde. Puis la monstruosité de tourna et lui fit face.

Dans sa main droite, seul les jambières d’Aria étaient visibles, plus de torse. La volonté du chevalier se fractura. Instinctivement, son corps ne lui répondit plus. Comme une marionnette guidée par le destin, il fit demi-tour et courut, effrayé. Il déambula dans les bois puis se plaqua derrière un arbre, reprenant ses esprits. Un hurlement et des pas lourd l’avaient suivi un moment, puis plus rien. Il tenta de se calmer, de rester calme, attendant que la situation évolue. On semblait le chercher. Prudence, rester silencieux. Des cris, à nouveau, puis le silence.
Le jeune homme sortit la tête pour regarder dans l’ancienne direction. Il ne vit que des arbres brisés, la terre retournée, des traces de sangs, mais pas de monstre. Rangeant son épée courte, il revint sur ses pas. Plus il se rapprochait, plus le déplacement lourdaud grandissait. Il fallait être discret. Il se recolla à un arbre, trop tard. Les pas se ruaient dans sa direction, sans grand chose pour les ralentirent cette fois.

Yannick serra les dents, sortit de sa cachette tout en manifestant son orbe de feu. Le monstre était déjà presque sur lui. Il lança le sort qui percuta l’épaule de la créature en même temps que la patte percuta le jeune homme qui ne put que reculer sous le choc. Mais la main de la bête fut pratiquement aussitôt retirée pour éteindre tant bien que mal le feu qui s’était propagé pendant quelques secondes, mélangeant à l’air sueur, sang, terre, odeurs de flammes et hurlements stridents. À peine eut-il le temps de se remettre de la frappe qu’il devait préparer une autre attaque. Visiblement l’élément ardent finirait par l’aider. Il se concentra et renvoya une boule de feu mais la créature stoppa et dévia le sort d’un coup de paume qui, dans la continuité du mouvement, se termina à quatre pattes, criant sur le jeune homme. Puis, elle le chargea.

Piétiné, le chevalier fut précipité contre les vestiges d’un arbre dans un craquement sourd. Parvenant à peine à rester conscient sous les chocs, sa vue se baissait, ses yeux se fermaient, il était maintenu éveillé par des soubresauts. La poigne du monstre se rapprochait et allait se refermer. Yannick tenta de se lever, mais il glissa sur du sang, son sang, esquivant miraculeusement la patte. D’où, il ne savait pas. Il se releva, fit quelques pas, titubant et dérapant sur la terre retournée et les branches. Derrière lui les pas lourds, implacables. Dans un ultime espoir, il se retourna et balança un dernier sort juste avant d’être saisi. L’orbe percuta les côtes. Sa dernière vision fût celle d’une gueule béante. Un craquement. Enfin, la paix s’installa.

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Un coup, à boire!
Vingt-troisième session

Lorsque le groupe composé de Pastif, Maximilien, Edmond, Pascal et Emilio avait passé la porte de la chapelle, il s’était retrouvé dans une plaine, sur l’herbe verte. Se retournant, il n’y avait bien entendu plus aucun signe de la bâtisse. Curieux, mais finalement il commençait à avoir l’habitude. Au loin, quelques champs étaient disséminés dans le paysage aménagé autour de maisons ou petits hameaux. S’imposant à l’horizon fort Teräswurm, l’une des infrastructures militaires les plus impressionnantes, découpait la vue de sa silhouette. Le pont de trois kilomètres, d’acier et de pierres, marquait la frontière entre Alria et Dixomir ainsi qu’entre les provinces d’Eluine et de Mintorïn. Un no man’s land d’un kilomètre servait de transition entre les deux royaumes, chaque partie pouvant se relever en un massif pont-levis. Une entente entre les deux monarchies avait été créée au sein même de la forteresse, la rendant autonome. L’un fournissait le métal et le travaillait, l’autre les denrées alimentaires et la boisson, ainsi les échanges allaient bon train à telle point que l’entente entre les deux factions y semblait hors du temps.

La troupe l’avait d’ailleurs vérifié lorsqu’elle avait traversé la gargantuesque installation militaire, constatant que la vue sur la mer du Mythegarre et les falaises était à l’instar de la fortification, imprenable. Elle y était arrivé après un peu plus deux heures de marche, discutant de tout, mais surtout de rien, alors qu’elle avait passé quelques champs en suivant le chemin, sans vraiment rencontrer qui que ce soit. À l’immense entrée, La garde avait arrêté le groupe, demandant nom, prénom et raison de se rendre à Dixomir. Edmond fut le premier, et le seul, à répondre signalant qu’il rentrait chez lui, mais qu’il ne connaissait en rien le minotaure. Le soldat s’éloigna, puis revint après quelques minutes, indiquant qu’il pouvait passer. Puis, il reposa la même question aux autres. Pascal se souvint d’une lettre et d’un laissez-passer qu’il transmit au garde qui la lut, et s’absenta à nouveau pour revenir. Seul la question de Maximilien demeurait. Mais les autres confirmèrent qu’il faisait bien partie du même groupe et qu’il ne les avait pas suivi jusque-là, non sans se renseigner au passage sur la religion et l’inquisition ou s’ils risquaient des problèmes. Ceux à quoi on leur répondit que la religion de Dixomir différait d’Alria et qu’en plus, la religion n’avait pratiquement aucune influence ici.

Voilà ce dont ils se souvenaient. Ils avaient marché encore quelques heures pour finalement arriver aux villages en fin de journée. Ce dernier avait était évacué de pratiquement toute la population civile et des palissades en bois avaient été érigée tout autour. Les maisons étaient réquisitionnées par les soldats, mais ils avaient très vite trouvés leurs aises et pris leurs habitudes en se rendant pratiquement tous les soirs à la taverne où ils logeaient pour boire et se retrouver. Maximilien s’acheta un chapeau à larges bords pour cacher un minimum ses cornes et passa son temps à entrainer son corps, ses coups et le maniement de ses haches. Pascal aussi décida de s’aguerrir. Pendant ce temps, Pastif partit dans la forêt pour récupérer quelques ingrédients pour concoctions qu’il prépara aussitôt. En clairière, Emilio s’exerça non-loin de l’ancienne cabane de chasseur transformée en camps de tir. Quand à Edmond, il disparut dans l’atelier pour ne réapparaitre quand soirée, au bar, satisfait d’enfin pouvoir se remettre à travailler sur un mécha, surtout que le matériel lui était offert, en une certaine quantité.

Après qu’environ une semaine-et-demie se soit écoulée, le fusilier déclencha une baston de bar, malgré lui. Lançant un verre sur le moine pour répliquer à sa légèreté et sa boutade, un cri retentit. Le “BASTON!” fut aussitôt accompagné par des coups de poings, des verres et bouteilles, des insultes et répliques, le tout aromatisé d’alcool et saupoudré d’une musique à la guitare. Lorsqu’ils entendirent ceci, le druide et le technomancien accoururent. Ce dernier souda rapidement un morceau afin d’en faire une batte, en fer, pour ce que ça peut faire, enfin, lui saurait quoi en faire. Arrivant devant la porte, le duo s’entendit pour que l’un monnaie les soins, et l’autre matraque la taxe.

Débouchant au milieu de la bagarre, Edmond saisit, une nouvelle fois, sa chance pour se venger du minotaure et le frappa dans le dos. Mais ce dernier sentit venir un coup et se retourna, bloquant l’assaut tandis que le technomancien fit mine de s’en prendre à un autre. Quelques échanges s’étaient déjà opérés entre Pascal, Emilio ainsi, et surtout, un gaillard fort baraqué, l’un des rares encore debout à cet instant. Le moine le saisit, interpellant le fusilier, mais en réponse il reçut un coup de crâne le faisant tituber vers l’arrière en se tenant le nez qui se mit à saigner. Emilio pris une bouteille, une gorgée, puis abattit le verre qui se brisa sur le bonhomme, peu avant que Pascal ne revienne à la charge et ne l’envoie au tapis.

Après quelques minutes, il ne restait plus que le groupe debout et il alla s’installer au bar pendant que Pastif attribuait les soins. Sortant la tête de derrière une table, le musicien vérifia que tout soit terminé et se rendit aussi vers le tavernier. Lançant quelques pièces pour payer à boires, elles furent interceptées par le barde qui posa aussitôt les pièces sur la table, ajoutant la sienne. Edmond l’interpella: « Qui t’a demandé d’arrêtait de jouer ? », alors il s’installa et se remit à jouer de la guitare. Puis, le technomancien s’en alla faire les poches. Bien que la distraction d’Emilio pour le couvrir ne prenne pas, le barman laissa le laissa à ses affaires après quelques remarques, précisant qu’il devrait répondre des conséquences si les hommes le remarquaient. Une fois les boissons terminées, on leur demanda de ranger et de remettre en place le matériel alors que les gens reprenaient consciences petit à petit, quittant l’établissement. Puis, le groupe alla se reposer.

Le lendemain, chacun reprit son train de vie. Emilio, découvrant le camp de tir, discuta avec un congénère qui se présenta comme étant Emilson et décida de s’entrainer avec eux. Finalement, Maximilien et Pascal se mirent à la recherche de l’ami du moine, David Finalci, censé être dans le campement. Mais au final, seul le barbare le chercha. L’acrobate, interpellé par Edmond qui faisait une pause, préféra jouer aux dés. Chacun vaquait et vaquerait ainsi encore pendant quelques temps.

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Mnème'phélès, le village occulté
Vingt-deuxième session

Quelques minutes auparavant, Pascal s’éveillait dans une chambre où tout était grisâtre. Dans un lit à côté, un elfavalar, hystérios facilement reconnaissable à ses bois de cerfs, se relevait lui aussi. Élancé, Il avait les yeux marrons des cheveux bruns clairs et paraissait avoir trente-quatre ans. Il se présenta en tant que Pastif et tous deux se demandèrent dans quel endroit ils avaient bien put atterrir, et pourquoi? Le moine se souvenait que son groupe et lui avaient été attaqué par une léonindar du nom d’Orianne et un centaure prénommé Eïrstios.

L’elfavalar, lui, était en forêt, non loin du village de Clair-ruisseau, et en route pour le nord. Il n’avait pas la moindre idée de comment ils avaient pu arriver ici. Emportant une torche et décidant de se prêter main forte, ils se rendirent dans le couloir. Approchant des escaliers, un rire hystérique retentit dans l’établissement et une ombre les bouscula sans qu’ils n’aient le temps de distinguer quoi que ce soit. Les soupçons de Pascal grandissaient, tout comme son sentiment d’insécurité. Il pensait savoir où il se trouver, et il n’avait nullement envie d’y rester. Un murmure les interpella à hauteur des marches, leur demandant qui ils étaient. Le duo répondit, s’interrogeant sur la provenance de la voix qui signala être en contrebas. Autre chose attisa l’attention de Pascal, elle voulut savoir s’ils étaient bien avec Edmond, Arramenorat et Emilio. À l’affirmation, elle prétendit s’appeler Johnny. L’acrobate ne put s’empêcher une boutade sur l’incessant fait de murmurer, mais le nouvel arrivant lui répondit qu’il venait d’être libéré par le trio les précédant et que n’ayant ni bu ni mangé depuis très longtemps, il était très faible et avait la gorge sèche. S’excusant maladroitement, Pascal donna aussi quelques un de ses couteaux de lancer à la demande du nouvel arrivant. Quant à Pastif, il généra quelques baies qui revigoreraient quelques peu leur interlocuteur.

Pour les remercier, Johnny voulut leur permettre de rejoindre le reste du groupe. Il expliqua qu’ils s’étaient séparés pour retrouver d’autres personnes, néanmoins lorsque l’homme blafard leur indiqua d’entrer dans une pièce vide de prime abord, la confiance n’était pas au beau fixe. Le moine s’enquit auprès de leur correspondant, peut être savait-il l’endroit où il se trouvait. Mais on lui laissa exposer sa théorie à haute voix. Les limbes ou l’enfer, voilà ce qu’il exprima. Pastif et Pascal eurent un frisson. Les détails que Johnny fournit sur les autres membres du groupe finirent de convaincre l’acrobate qui se décida à entrer, suivi du druide. Un pas, puis un autre, et un autre, et le vide. Ils chutaient.

On parlait, et quelque chose avait amorti leur chute, une pile de cadavres. On interpella le moine. C’était Edmond et Emilio, visiblement ravi de le voir. L’ambiance lourde se dissipait peu à peu avec les remarques et échanges de Pascal. Tout d’un coup, le technomancien se rappela qu’Arramenorat était à l’agonie et envoya Pastif lui appliquer les premiers secours. Il signala aussi que la zone serait consacrée et sûr pour quelques instants. Observant les alentours, deux nouvelles flammes vertes illuminaient les environs et, fouillant la zone, ils découvrirent une nouvelle partie du tiers de sceau sur le corps de Sigmund. Grâce à la magie et aux compétences du druide, l’état du minotaure se stabilisa et il revint parmi eux. Le mineur voulu savoir ce qu’il lui avait pris de charger tête baissée, et il expliqua avoir vu Elisa sur les cadavres, ainsi qu’Emilio, Elisa et… lui-même.

Le nouveau groupe ainsi formé récupéra des armes et du matériel sur les morts, chacun y trouvant son compte, aussi bien avec l’équipement que dans la mort d’Orianne et Eïrstios. D’ailleurs, après une inspection minutieuse, il s’avérait que les divers documents que possédaient ces deux étaient des faux. Quelques minutes plus tard, leur laissant à peine le temps de récupérer, un lourd bruit de roulement résonna, emplissant l’espace.
- On bouge, la zone n’est plus consacrée, il n’avait pas assez pour un forfait, trop cher, à la minute, déclara Edmond, anticipant toutes questions.
En effet, les flammes verdâtres s’éteignirent, les plongeant dans l’obscurité et la brume, éclairé maintenant uniquement de leurs lampes et leurs torches. L’arc du mineur fut encoché d’une flèche lumineuse qu’il tira, perçant la blancheur, frôlant l’un des arbres soutenant la torche auparavant enflammée et se logeant quelques instants dans les pavés.
À nouveau, ils s’aventurèrent dans la fumée blanche, sur les nerfs. Le fusilier et le technomancien tentèrent bien de mettre au point une tactique pour se rassurer eux et les autres, mais les paroles creuses eurent l’effet inverse. Dans le brouillard, le mineur s’arrêta même un instant. Une silhouette blafarde ressemblant fortement à Johnny l’invitait à sortir des rangs.
- Tu vois ce que je vois? marquant une pause, il poursuivit: “Bien ce qu’il me semblait. Vous les voyez aussi?”
Autour d’eux, la brume semblait parfois se déplacer, mue par des déplacements d’air, ou d’autres choses. Aucun bruit ne leur parvenait, en dehors de leur déplacement. Mal à l’aise, La troupe saisit leur arme.

Elle parvint, après un temps semblant s’éterniser, à distinguer les contours d’une bâtisse, une chapelle pour être plus précis, apposée de la marque contemporaine du clergé d’Alria. Pascal se tourna, plongeant son regard dans le lointain, observant s’ils furent suivis, pendant qu’Arramenorat poussait les portes. Edmond eut, semble-t-il, un léger malaise, mais se ressaisit. Pendant un instant très bref, la vision de la troupe sembla se superposer, comme si deux réalités ne faisaient plus qu’une. Là, un homme les attendait. Au niveau du chœur, Arramenorat et Pastif découvrirent un homme les accueillant à bras ouvert et, sur l’autel, à sa gauche, une statuette d’environ quarante centimètre de hauteur. Celle-ci représentait un homme svelte assis sur un rocher, tête, dotée d’un bouc, posée sur ses deux mains elles même posée sur le genou de la jambe droite croisée sur la gauche à hauteur de cheville. Bien plus marquant, dans les bancs de la Nef, chacun des corps du groupe était assis, comme assoupis.

Emilio, lui, vit en plus une étrange masse noirâtre derrière le vitrail éclairant la pièce, masse qu’Edmond reconnut distinctement comme étant la créature semblable à une chouette qui avait, entre autres, failli le précipiter dans le vide à la grotte sous le manoir Talin. D’ailleurs, il en détourna les yeux par reflexes. Qui plus est, la personne les accueillant semblait plus que ravie de voir le mineur.
- Enfin, enfin vous voilà! J’ai tout préparé. Cela m’a pris des semaines, mais j’y suis parvenu et enfin vous voilà!
Demandant à Emilio de se tenir prêt, Edmond matérialisa une flèche. L’intervenant s’arrêta, incrédule, reprenant:
- Mais… ne me reconnaissez-vous pas seigneur, c’est moi, Rhycil! Non, ce n’est pas possible…
- Et pourtant, répondit le mineur, laissant filer le trait quasiment simultanément que la balle.
- Trahison! Traitres! Mourrez tous!
Les projectiles frôlèrent leur opposant et, au même moment, à gauche et à droite de ce dernier, une fissure verticale apparut dans l’air. Des doigts énormes passèrent aux travers, déchirant l’espace pour laisser place à des gargouilles de tailles humaines. Le minotaure chargea.

Pastif se concentra et lierres ainsi que lianes vinrent entraver les mouvements de la créature à sa droite. Pourtant elle forçait, jouant des muscles qui se gonflaient à vue d’œil et dotée d’une force colossale, brisant les liens qui se resserraient de plus belle, manœuvrant pour sortir une lourde masse d’arme à deux mains. Sa gueule de chauve-souris poussa un cri. L’autre gargouille gonfla son torse et cracha quelque chose en direction d’Emilio qui se rua entre les bancs. Le trait violet brisa un morceau de bois et dégoulina. Promptement, le fusilier fit un mouvement de charge, prit appui sur le meuble et réplica de sa nouvelle arme, appliquant une propriété magique à la balle. La créature replia ses ailes, manquant de justesse de parer le tir. Un hurlement retenti et elle déploya ses protections, prenant de la hauteur. Arramenorat abattit sa hache double, très récemment acquise, sur Rhycil qui s’était emparé de son long bâton terminé d’une massue pour parer le coup. Un trait de lumière frappa l’armure de l’homme, laissant la hache percuter elle aussi la protection avant que le coup ne glisse et ne se fasse dévier. Le minotaure para à son tour la frappe, avant qu’un deuxième coup ne le fasse reculer de quelques pas. Pastif maintenait comme il pouvait l’emprise, mais la gargouille sembla secouer la tête en se débattant, bavant de la lave qui brûla les entraves.

La créature qui s’était envolée visa Edmond qui tenta de se mettre à couvert, mais le cracha violâtre le toucha à la jambe, juste au-dessus de la partie métallique. Précipitamment, il se saisit de la première bouteille d’alcool dans son sac qui lui tomba sous la main et la déversa sur la blessure. Puis, il réclama la présence de Pastif.
Pascal venait d’entrer. Attiré par le vacarme, il avait délaissé son poste de garde. Il vit la gargouille se désentraver. Rhycil avait reculé d’un pas, profitant de la frappe horizontale du barbare qu’il avait déviée. L’homme manœuvra sur le côté droit d’Arramenorat et le frappa dans le dos, le faisant avancer vers le démon. Ce dernier leva sa masse, fut blessé de kunaïs qui se logèrent dans son bras, et l’abattit sur l’hystérios. La violence du choc qui fut paré in extremis souleva de la poussière. Les yeux du barbare se révulsèrent quelques secondes. Puis, il reprit ses esprits. Dans un dernier effort, il fendit le crâne de la créature, et s’écroula tout comme elle. Ne pouvant l’aider d’avantage, le moine décida de se précipiter dans l’immédiat vers Emilio. L’acrobate prit appui sur un banc et, d’un mouvement vif et puissant, fit faire connaissance de son bâton de guerre à la gargouille volante, l’envoyant percuter une colonne avant de s’acharner sur l’hideux visage tandis que le bruit d’os craquant s’élevait. Après quelques coups, il décida de stopper et d’aller vers le dernier adversaire.

Le druide matérialisa quelques baies qu’il fit avaler au technomancien et pensa la plaie. Si poison il y avait, ils espéraient avoir agi à temps. Edmond voulut tirer, mais il eut à nouveau un malaise et manqua, se plantant dans les marches menant au chœur sans pouvoir prêter main forte au minotaure. Visant comme il put, il tira en direction de vers où il estimait que la tête du barbare se trouvait. La flèche se planta dans le démon couvrant le corps d’Arramanorat et il lança: “Ta vie m’appartient, ne l’oublie pas!”
Emilio visa Rhycil et un coup partit. Leur opposant se dirigeait vers eux, traversant la croisée du transept, mais la balle l’arrêta, lui faisant mettre un genou à terre. Il avait levé le bras pour frapper le moine qui allait maintenant à sa rencontre, mais fut transpercé d’un tir. Il perdit l’équilibre, le regard incrédule et emporté par le poids de son arme, tombant à genoux. D’un mouvement de hanche entrainant un coup de pied, Pascal frappa la tête de Rhycil, produisant un craquement l’étalant brusquement sur le sol. Juste après, Pastif et Pascal dégagèrent le corps de la gargouille, se précipitant vers Arramenorat, plus de pouls, ni de respirations.

Les deux autres occupés, Emilio récupéra la dernière pièce et s’attelait déjà à rassembler les trois parties alors que le technomancien demeurait pensif. Soudainement, il annonça qu’ils pouvaient encore le sauver s’ils parvenaient à rassembler les parties. Pendant que le druide tentait peut être vainement de soigner le corps du barbare, les derniers réfléchissaient, jouant avec les pièces pour le reconstituer. Plongé dans une réflexion profonde, le mineur s’écria brusquement “triangle” au moment où le fusilier venait d’assembler l’objet, formant un triangle au centre. Les pièces coulissèrent, reformant le cylindre. Une lumière s’en dégagea, les aveuglants juste après qu’à nouveau la réalité leur sembla se superposer au rêve, ou l’inverse? Pendant un bref instant, ils semblèrent voir depuis l’extérieur de la chapelle, d’un regard inquisiteur plongeant sur eux et leurs corps, puis plus rien. Tout était noir.

Lorsqu’ils reprirent conscience, ils étaient assis dans les bancs de la chapelle avec l’entièreté de leurs équipements à disposition. Ils se levèrent, sauf Arramenorat. Là où se trouvait la statuette se tenait maintenant un homme lui ressemblant traits pour traits, richement vêtu, et s’amusant de la scène. À ses pieds, le corps de Rhycil, à ses côtés, ils pouvaient désormais voir clairement le corps d’Ardrick Talin étendu sur l’autel, derrière le vitrail tout le monde distinguait l’étrange chouette, et tout le monde en détourna rapidement les yeux.
- Merci, cela fait plus de sept cents ans que je n’ai pas parcouru l’Ilim, indiqua l’homme d’une voix suave et calme.
- Quel mal avons-nous encore libéré cette fois? demanda Emilio.
- Si vous le permettez, voici Méphistophélès, précisa Edmond, attendant l’approbation. Nous étions dans les limbes et il nous en a fait sortir.
- Ce n’est pas tout à fait exact, comme je te l’ai répété. Vous étiez à Mnème’phélès. Pour ne pas faire compliqué, il s’agit là d’une partie de ma mémoire.
- Et ça? pointa le fusilier en direction de la chouette.
- C’est mon augure. N’avez-vous sans doute pas entendu parler d’Odin. Il a deux corbeaux, Hugin et Munin, qui parcourent les mondes et lui rapportent ce qu’ils ont vu. C’est le cas pour lui.
- Il brise le voile entre les réalités, précisa Edmond.
- Et… pouvez-vous le faire partir? voulut savoir le frontalier.
- Je me vois dans l’obligation de refuser. D’ailleurs, c’est à vous de quitter ce lieu. Comme je vous l’ai déjà dit, il n’est déjà plus vôtre.

À cette menace sous-jacente, le groupe vérifia naturellement s’il portait bien leur arme, comme pour se rassurer.
- Néanmoins, pour vous remercier de votre aide, vous pouvez partir sans risque, jusqu’à ce que nous nous recroisions. Mais j’ai aussi une autre proposition, mettez-vous à mon service, vous verrez que je suis quelqu’un de conciliant.
- Vous êtes un démon c’est ça, ou un ange?
- Ne me compare pas à mes serviteurs. Je suis un Nephilim, l’un des premiers nés.
- Et que complotez-vous? Cette fois ce fût autour de Pascal d’intervenir de manière nonchalante.
- Rien de particulier, je ne suis là que pour aider l’humanité, lui apporter l’ascension. Je ne suis pas sans savoir que vous avez déjà croisé Caïn, toujours à la recherche de son frère Abel et dans le déni. Lucifer aussi est bien implanté, bien que Michaël lui conteste l’autorité. Mais je n’ai pas la soif de sang de Caïn, ni la vindicte de Michaël ou l’orgueil de Lucifer, vous n’avez pas à vous en faire.
- Et que devrions-nous réaliser si nous étions à votre service? Faire du porte à porte en tant que témoin de Méphistophélès? Prêchez votre parole? railla le technomancien.
- Plus personne ne fait ça. Il vous suffit simplement de porter ceci, dit-il en matérialisant dans sa main droite cinq chevalières. Qui plus est, je peux aussi ramener votre compagnon, précisa-t-il en pointant vers Arramenorat. Mais pour ce faire il me faudrait votre consentement total, et pour que cela soit clair, il me faut bel et bien vos quatre voix.

Edmond saisit l’une des bagues, puis Pascal fit de même, mais ils ne la passèrent pas de suite à leur doigt.
- Tu te rappels quand je te parlais de mon ami? C’était lui. C’est grâce à lui que nous sommes sortis et que je suis revenu, si cela peut t’aider à faire un choix, signala le technomancien à l’intention du fusilier.
- Je ne souhaiterais pas devoir recommencer plusieurs fois mes explications, pourriez-vous vous décider pour lui?
Pascal et Emilio approuvèrent, tout comme Pastif, bien qu’il ne le connaissait que depuis peu.
- Est-il possible de le ramener en lui faisant oublier une partie de ses souvenirs, comme sa famille par exemple? Vengeance personnelle, vous comprenez j’en suis sûr, s’enquit Edmond.
- Cela ne m’est pas impossible en effet.
- Alors vous avez ma voix, approuva le technomancien.
Le Nephilim claqua des doigts et la poitrine musclée du minotaure se gonfla d’une profonde inspiration. Puis, il ouvrit les yeux, hagard.
- Bon retour parmi nous, Maximilien.

On lui fit le topo sur la situation et le barbare se saisit de la chevalière sans hésitation. Après tout, il s’agissait là de son sauveur, il était donc naturel de se mettre à son service. Finalement, tous prirent la bague et tous, à l’exception de Pastif, la mirent. Edmond tenta de la retirer immédiatement, mais en vain. Après quelques secondes, parcourant les contours dorés ceinturant le noir d’ébène, une lumière remonta le cercle de la bague jusqu’aux épaules et vint marquer le chaton de plusieurs sceaux. Une nouvelle force les envahit. Ils se sentaient bien et finalement ravis de la porter.
- J’ai une dernière question, insista le technomancien. Faust a-t-il vraiment existé?
- Oui, bien que cela ne soit que romancé. Si de questions vous n’avez plus, je ne peux que vous laisser, Rhycil ayant obtenu ce qu’il voulut, et moi aussi.
Méphistophélès se leva et passa à côté d’eux, puis la porte de la chapelle, puis plus rien.

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Ici vient Johnny
Vingt-et-unième session:

Emilio s’éveilla en premier. Observant les alentours, il vit Arramenorat étendu non loin, inconscient. Tout comme lui, il ne portait que ses habits de voyages et leurs affaires n’étaient pas très loin, déposées aux pieds de leur lit. Plus étrange, Edmond était avec eux, sous perfusion et étendu dans une couche, semblant reprendre connaissance. Soulagé, le fusilier se précipita à son chevet.

- Tu es vivant?!
- Si on peut dire… grommela le technomancien tout en fouillant la pièce du regard. Content de te voir en tous cas.
Tous ses muscles le tiraient, tout en supportant une lourde fatigue. S’arrachant la perfusion, il se releva et saisit une bouteille d’alcool, posée sur la table non-loin, qui lui remémora une scène et lui esquissa un sourire. Il prit une lampée de la “Phélès”, du cidre assez corsé dont il n’avait jamais entendu parler. Le goût le rassura, et lui plut. Puis, il fouilla son sac pour constater avec soulagement que rien n’avait disparu, et surtout pas l’alcool. Au même moment, Arramenorat se réveillait.
- T’étais pas mort, toi? lança le minotaure.
- On se demande bien à cause de qui, si ça avait été le cas.
- Je n’ai pas fait exprès! On en reste là?
- Je ne crois pas non, dès qu’on sort d’ici, tu seras le premier à y passer.

Pendant que le duo s’échangeait insultes fleuries et autres blâmes, le techomancien semblait répondre à des questions que le barbare n’avait pas posées ou rire à bouche fermée. Au même moment, le fusilier découvrit une lettre avec la signature d’Elisa. Aucun doute sur la nature de l’expéditeur car il reconnut son écriture. Il en était sûr, mais comment lui était-elle parvenue? En effet, après inspection plus minutieuses, tout semblait grisâtre et absent de couleurs, autre que le blanc et le noir. Sous la lettre, qu’il rangea sans la montrer, un étrange objet cylindrique, haut de trois centimètres pour un diamètre de douze, attendait. Il ne s’agissait là apparemment que du premier tiers, ce que confirma Edmond. D’ailleurs, il demanda aussi comment il l’avait trouvé car, d’après un ami, l’objet était censé être gardé. Se penchant à la fenêtre, Emilio ne vit rien d’autre que l’obscurité enrobant une mer de brouillard. Pendant un instant fugace, l’idée de descendre par-là lui traversa l’esprit, mais curieusement il l’abandonna bien vite.

Chacun tenta de se remémorer ce qu’il s’était passé: Un voyage en charrette, une rencontre, le coup qui parût fatal, une lourdeur, une désagréable et lourde sensation de fatigue aussi bien physique que mental, puis plus rien.
- Je pense savoir où l’on est, débuta Edmond. Dans les limbes, où le purgatoire, c’est ça? il marqua une pause, puis sembla reprendre de lui-même: “Ouai, enfin c’est plus ou moins ça, à peu de chose près.”
- Comment tu sais ça toi? souleva le minotaure.
- Disons que je le sais de mon ami. On va avoir besoin de l’objet que tu as trouvé, Emilio. Il faut aussi qu’on se rende dans une chapelle.

Saisissant la seule source de lumière, une torche éclairant faiblement la pièce, le frontalier entreprit de s’aventurer dans le couloir avec prudence. Il poussa doucement la porte pour entrevoir le couloir, mais la porte grinça. Rien, pas un autre bruit ne parvint, l’endroit semblait désert. Pourtant, une fois le reste du petit groupe sorti, une voix s’éleva dans la pièce d’en face.
- Il… Il y a quelqu’un? S’il vous plait, je… je vous en supplie… faite moi sortir d’ici, pitié! débuta une voix paniquée.
- Qui êtes-vous? Savez-vous où nous sommes? demanda Emilio
- Je dois sortir! Je… je ne peux rien dire…
- Pourquoi?
- Je vous en supplie! Il ne va pas bien!
- Calmez-vous. De qui parlez-vous?
- Est-ce qu’il est avec vous?
- De qui voulez-vous parler? S’il s’agit de qui je pense, on peut dire que oui, en quelque sorte, indiqua le technomancien. Puis il ajouta qu’ils allaient le faire sortir, signalant à Arramenorat qu’il était temps de prouver son utilité. Mais la voix paniquait de plus en plus, au fur et à mesure du martèlement de la bardiche sur la porte en bois.
- N-non… non s’il vous plait. T-tout v-va très bien. Par pi-pitié laissez-moi! Laissez-moi!

Une fois qu’une ouverture suffisante fut créée pour observer l’intérieur, plus un bruit ne parvint.
- Vous êtes toujours là? demanda le frontalier. Pas de réponse.
- J’ai l’impression de lui faire peur… Je vais m’éloigner et voir s’il y a d’autres personnes, indiqua Edmond.
Le couloir était bien évidement plongé dans le noir mais l’on parvenait à distinguer une dizaine de portes.
S’arrêtant à l’extrême limite entre lumière et ténèbres, il s’appuya contre une porte. Une voix lui parvint, ou plutôt un murmure faible. On lui demanda de l’aide pour sortir, et de quoi manger et boire. Suite à la question, le murmure se présenta comme Johnny.
Pratiquement au mêmes moment, le barbare achevait la porte et l’a fit tomber à l’intérieur de la pièce, vide. Pas de mobilier, pas de lumière et surtout, personne. Le duo échangea un regard inquiet avant de se diriger vers le mineur qui les avait interpellés. Ce dernier demanda ce qu’il en était de l’autre salle et on lui répondit qu’il ne comprenait pas, mais que rien ne s’y trouvait. À nouveau, Edmond sembla se parler à lui-même et le groupe s’attela au démontage de la porte. Un fois ceci fait, ils découvrirent dans une chambre emplie d’air, un être recroquevillé à l’autre bout, présentant son dos. Il était d’une pâleur exceptionnelle, et ne paraissait avoir que la peau sur les os. Ne voulant s’aventurer plus que temps, Emilio déposa une ration et lui signala qu’ils allaient chercher une sortie. Johnny leur demanda s’il n’avait pas du matériel en plus et de quoi se défendre, mais ils ne répondirent pas la négative et le laissèrent.

À ce qui leur semblait quelques mètres, le trio emprunta des escaliers descendant et, arrivant au nouvel étage, distingua un couloir qui allait de part et d’autre tandis que des marches menaient encore plus bas. Là, un bruit de grattement sur du bois se répercutait dans les couloirs, dans l’air, incessant, irritant. Prenant son courage en main, le groupe descendit. Avant tout, il devait s’avoir où il se trouvait. Une lourde chaine massive et cadenassée bloquait la sortie, à moins que ce ne soit l’entrée? La porte était trop volumineuse et épaisse pour être enfoncée à la seule force de leur bras. Il pensait être à Clair-ruisseau, seul réel village à proximité, ce qu’une fouille de l’accueil de ce qui passait pour un hôtel confirma. Néanmoins, aucune réelle date ne figurait sur les documents, mais l’on trouva une clé qui devait sans doute ouvrir les chambres. Pendant ce temps, Edmond exposait une nouvelle théorie: peut-être est-il dans une sorte d’enfer, celui de la trahison. Ce qui le fit sourire, surtout lorsqu’il demanda à Arramenorat s’il savait pourquoi il était là. À nouveau, un petit rire se fit entendre en provenance du mineur tandis qu’il fixait, la bouche fermée et les bras croisés, le barbare. Après quelques secondes, et un peu d’insistance, ce dernier tiqua et s’énerva.
- Je me suis déjà excusé et je t’ai dit que j’étais plus que désolé. Qu’est-ce que tu veux de plus?
- Oh mais t’en fais pas, dès qu’on sort d’ici, tu seras le premier que je bute.
- Tu peux essayer. Et si je décide de t’achever maintenant?
- Comme ça à de la peine à rentrer, vous aurez besoin de moi pour sortir d’ici. Le technomancien s’arrêta net, comme s’il avait eu une épiphanie, et changea de sujet. “Il faut qu’on ouvre le plus de chambre possible et qu’on les fouille.”
Ce qu’Emilio approuva, apportant les clefs.

Ils remontèrent d’un étage et se mirent à ouvrir les portes une à une, en commençant par le corridor de gauche. En réalité, seul trois d’entre elles étaient verrouillées. Ils s’attelèrent en premier lieu à celle d’où provenait l’incessant raclement. À peine eurent-ils entre-ouvert la porte que celle-ci s’ouvrit brusquement. Quelque chose bouscula Edmond, une ombre de leur taille qui disparut dans le couloir, emportant avec elle un rire démentiel qui ricocha contre les murs, laissant le groupe stupéfait. Reprenant leur esprit et faisant retomber ce petit coup de pression, ils ouvrirent une nouvelle pièce. Cette fois, une brume la remplissait. L’on crut distinguer un autre bord de fenêtre, peut être un moyen de sortir? Mais en s’avançant et en dissipant la brume flottante, il ne s’agissait que d’une armoire, fermée. Après s’être mis en position au cas où les choses dégénèreraient en l’ouvrant, il découvrir une autre clef à l’intérieur.

Avant de se rendre deuxième, ou de retourner au rez-de-chaussée, le trio décida d’ouvrir les dernières portes de l’étage. D’ailleurs, un nouveau raclement plus ténu, et sur de la pierre cette fois, ce fit entendre. Collant l’oreille à la porte, le groupe entendit une voix féminine répéter encore, et encore, et encore la même chose.
“Marchant dans la brume, éclairée de ta lumière,
Ce afin de ton nom, le graver dans pierre.
Marchand dans la brume, … "
On demanda à la voix de s’écarter de la porte et de ne rien tenter, indiquant qu’ils allaient l’ouvrir, mais l’action ne fit pas cesser la complainte. Lorsque le trio ouvrit la porte, il découvrir une cathare du porteur de lumière, tout du moins c’est ce que son accoutrement laissé à supposer. Le symbole du clergé apposé sur le surcot différé quelque peu de celui de leur époque, bien que le reste des vêtements et du matériel ne trahissait en rien son appartenance à une époque sans doute plus distante. L’intrusion dans la salle n’altéra en rien le rituel. La jeune femme continuait inlassablement de gratter le mur de ses ongles et le martellement de son front, ne laissant que du sang. Signalant que la porte était ouverte, ils tentèrent une autre pièce.

Lorsqu’Edmond fit un pas dans la nouvelle salle, il glissa, comme si le sol s’était dérobé sous ses pieds, bien que le carrelage fut toujours visible. Emilio le rattrapa in-extremis par le col pendant que le technomancien se mit à nouveau à babiller. Étrange pour un point de vue extérieur? Mais ces deux autres comparses ne sans soucier guère. Tous trois remontèrent, ouvrant les dernières portes. Ici, une salle les interpella. La seule autre pièce avec du mobilier plus, conséquent. Un lit simple mais de bonne facture et de bonne qualité, une table de chevet ainsi qu’une armoire, le voilà ce mobilier qui décorait l’endroit. L’absence de fenêtre passa pratiquement inaperçue lorsque l’on fouilla le décorum. Une lettre fût découverte. Adressée au cathare Sigmund Vonrabe et portant le sceau du clergé d’Alria, elle lui intimait de se rendre sur la place publique. L’heure et la date n’étaient plus lisibles. Sûrement s’agissait-il de la prochaine destination pour les trois compagnons.

Ils retournèrent dans leur chambre pour se concentrer, constatant l’absence de Johnny dans la sienne. Fermant la porte à clé, Emilio voulut tenter la descente. Après vérification du sens d’ouverture de la porte, ils avaient toujours plusieurs mètres de corde sur eux et décidèrent de s’en servir. D’abord, ils balancèrent l’une des chaises en bois pour estimer la distance les séparant du sol, mais ils n’y parvinrent pas. Puis, ils attachèrent deux cordes ensemble, avant de le faire autour du fusilier qui s’équipa aussi de sa lanterne tandis qu’Edmond se remit à radoter. Enfin, le frontalier entama sa descente, aidé de ses crampons. Soudainement, le nœud se détacha alors qu’il descendait en rappel. Le mouvement le plaqua lourdement contre la bâtisse. Il glissa, à moitié assommé, se rattrapant in-extremis à la fenêtre en dessous. Une fenêtre? Ce n’était pas le plus important. Se maintenant comme il put à l’aide des crampons, le petit rebord ne lui laissait que peu de marge de manœuvre. Il se saisit de son pistolet et le pointa comme il put vers la fenêtre pour la briser. Mais l’arme lui échappa des mains et disparut dans la brume. Au même instant, Edmond et Arramenorat virent la corde lâcher. Se précipitant vers la vitre, ils constatèrent que leur compagnon était vivant, bien qu’en très mauvaise posture. Le minotaure se mit à descendre, assuré par la corde attachée solidement à l’un des lits, plantant ses bardiches dans le plâtre à l’endroit où le colombage devait passer.

Alors que le barbare progressait, Edmond se retourna pour sortir de la pièce. La présence de Johnny le surprit.
- Attend, comment t’es arrivé là? Et depuis quand? La porte est fermée.
- Par la fenêtre, à l’instant, annonça-t-il avec un léger sourire en coin.
- Non non, deux personnes viennent d’y passer.
- Tu ne veux pas aider tes amis?
- Je descendais justement.
- Je t’y rejoins.
Le minotaure progressait lentement, mais sûrement, assurant chacun de ses prises, validant son assise, se rapprochant petit à petit de son compagnon. Quelques instants plus tard, alors que le fusilier s’était hissé, se maintenant la tête au-dessus du rebord, la silhouette de Johnny apparut, le regardant de haut quelques instants. Puis, la fenêtre s’ouvrit. Le doute s’empara du jeune homme et s’intensifia lorsque le nouveau venu passa le haut de son corps par l’interstice. Mais il recula et se poussa, laissant entrer avec grande peine le jeune homme qui finit par se laisser rouler dans la salle, avachit. Edmond entra, reprenant son souffle et une ixième gorgée de la Phélès. Arramenorat les rejoignit pendant que Johnny se justifiait à Emilio qu’il n’aurait pas pu l’aider, au vue du manque de force qu’il possédait. Cela aurait même pu tourner à leur désavantage.

Décidant de passer par la porte d’entrée, le nouveau groupe se rendit au rez-de-chaussée. Là, Johnny leur demanda à nouveau des armes, pointant le fait que le minotaure et le fusilier en possédaient beaucoup. Sur conseil d’Edmond, ils décidèrent de ne pas lui en donner. Le frontalier et le barbare tenait à leur équipement et, alors qu’ils répondaient, constatèrent que le fusil et l’une des bardiches étaient déposés contre la porte. Quand? Ils récupèrent prestement leur matériel pendant que l’homme blafard expliquait qu’ils l’avaient déposé un peu plus tôt. Le technomancien étaya ces dires, d’ailleurs le fusil avait tiré un coup de feu sur une ombre. L’absence d’une balle renforçait l’explication. Après tout, à chaque tir de son fusil, Emilio ne rechargeait-il pas? Alors pourquoi n’est-il qu’à demi-convaincu? Après une courte discussion, Johnny signala qu’il resterait dans la bâtisse pour peut-être trouver d’autres personnes et les convaincre, ainsi que pour l’explorer plus de fond en comble.

La porte s’ouvrit vers la mer de brouillard. Johnny disparut dans l’obscurité de la demeure. La première chose qui fut faite, c’était de longer le bâtiment pour trouver le précieux pistolet. Après quelques pas, le fusilier le distingua et se précipita dessus avec ferveur, faisant fi des quelconques danger. Enfin, ils étaient réunis. Ils retournèrent à l’entrée, puis le groupe s’avança dans la brume. Il ne distinguait rien à plus de trois mètres malgré l’éclairage et, après une progression silencieuse sans vraiment savoir si la place publique était dans cette direction, deux flammes vertes se mirent à briller. Un bruit de chair que l’on frappe et coupe se fit entendre au fur et à mesure qu’ils s’en rapprochaient. Ils saisir leurs armes et s’approchèrent sur le qui-vive.
Le brouillard sembla se dissiper, laissant place à une montagne de cadavres ainsi qu’un homme, de trois-quarts de dos, qui, d’une magnifique lame curvée légèrement d’abord vers l’extérieur avant de revenir sur l’intérieur, frappé l’un des corps inanimés.
- Des traitres, tous autant qu’ils sont, monstres.
Enragé par ce qu’il vit, Arramenorat chargea, hache en main, n’entendant pas l’appel des deux autres.
L’homme arrêta son action, retira son épée du corps et se retourna, laissant distinguer sa dentition dans une grimace déformée par la haine, encastrée dans une mâchoire carrée. Ses yeux verts clairs se posèrent sur les intervenants et ses cheveux bruns, mi-longs, suivirent le balancement du haut de son corps. Sur sa poitrine qui se gonflait au rythme de sa respiration, un surcot similaire à la cathare croisée. Quelque chose brilla dans la lame qui, en quelques courtes secondes, format un arc.
- Et tous, vous êtes comme eux. La phrase partit en même temps que la flèche de lumière qui se matérialisa et fut aussitôt décochée à l’intention du fusilier qui l’a reçue dans le ventre, le blessant légèrement. Mais il riposta, percutant d’une balle l’armure sous le tissu.

Une nouvelle fois, l’arme changea de forme pour redevenir épée et dévia l’assaut de la hache du minotaure, l’entaillant au passage à hauteur de l’épaule. Deux volutes lumineusement dorées apparurent de chaque côté du cathare, matérialisant chacune un être luminescent quadrupède ressemblant à un grand canidé dont la gueule cuirassée faisait office de tête. L’un deux accourut en direction du mineur et du fusilier, l’autre prêta poigne forte à Sigmund. La créature se rua à la gorge d’Emilio qui la bloqua d’un coup d’épée dans la gueule, l’envoyant sur le flanc gauche d’Edmond. Ce dernier saisit l’occasion et, d’un mouvement du poignet enroula la chaine cloutée autour de la gueule de la créature qui parvint néanmoins à faire glisser le technomancien sur le sol de par sa force. Il allait lâcher prise si rien n’était fait. De son côté, Arramenorat était en mauvaise posture. Sa deuxième frappe avait était parée, bien que lourdement, et le cathare était parvenu à le faire saigner droit derrière. De plus, alors que le barbare venait de blesser l’être doré, ce dernier le saisit au mollet droit et rendait son équilibre plus que précaire.

Emilio acheva d’un autre coup d’épée la créature maintenue par Edmond qui reprenait son souffle suite à l’effort constant et conséquent pour la maintenir. Puis, il rechargea son pistolet et tira en direction du second être qui lâcha prise, laissant l’occasion au barbare de l’achever. Mais Sigmund prit quelques pas de distances en arrière et changea à nouveau son arme, décochant un trait lumineux qui blessa l’épaule du minotaure. Rétrécissant la distance, la charge d’Arramenorat força Sigmund à bloquer l’assaut. Pendant que le mineur avala une gorgée de la Phélès pour se détendre, il fouilla son sac pour trouver une bouteille vide qu’il lança dans la direction du cathare pour détourner son attention, mais c’est le barbare qui la reçut et fut distrait, ce qui permit à Sigmund de planter la lame dans le ventre de la montagne de muscle. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un juste retour des choses. Le sang coula. Le minotaure fit quelques pas en arrière, reprenant l’équilibre, dégageant malgré lui la vue pour un tir d’Emilio qui avait troqué pistolet et épée contre fusil. La balle partit, et tout dérailla.

Sigmund s’effondra. Mais, il fut remplacé par quelque chose d’autre. Alors que son corps gisait étendu sur le dos, comme brisant une chrysalide à partir de la tête et des épaules, une masse noire en sortit, s’élevant dans les air sur plus de neuf mètres. Le visage n’était plus qu’un masque glissant sur la noirceur de l’horreur et dans le ciel sans lune. La masse se scinda, formant d’abord deux excroissances semblables à des bras, puis se termina en doigts filiformes. Arramenorat perdait pied à la réalité, l’horreur de la situation bloqua sa respiration, lui dont le stress dû aux blessures était déjà grand. Son cœur battait pour compenser la perte de sang? Tout vrillait. Puis, il s’écroula sur le sol avant d’avoir sa poitrine transpercée par des traits noirs. Dans ce qui lui sembla être un dernier soupir, il s’excusa au prêt de Julia pour sa faiblesse, et ses yeux se fermèrent.

Emilio avait connu beaucoup de situation dramatique, mais cette fois, il était en sueur. La chose retira les filigranes de chair du corps du barbare. Le fusilier se ressaisit quelques peu, ses mains tremblaient mais la grandeur de l’horreur lui permit de faire mouche, faisant retentir un cri indescriptible et perler un abjecte fluide noirâtre. Il avait déjà vu quelque chose de similaire, il pouvait donc le tuer.
Étrangement calme, Edmond se précipita sur l’arc. D’abord parce qu’il s’agissait là d’un vrai trésor, Sigmund étant le premier cathare à se servir d’une arme de technomancie au chœur de l’église. Ensuite, parce qu’il avait, si l’on pouvait dire ainsi, l’intuition que la vitis de Topaze pourrait mortellement blesser cette aberration. Un nouveau tir retentit, accompagné par un autre hurlement. Emilio avait partiellement esquivé l’attaque et ripostait. Le technomancien compris rapidement le fonctionnement de l’arme et la changea d’épée à arc. Quelle merveille, mais il ne savait manier ni l’un ni l’autre… Visant tant bien que mal, le trait de lumière se matérialisa et alla percuter le masque. Un dernier hurlement, puis l’horreur s’étala, inerte.

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Lectures assidues
Arc du chevalier Yannick

Auparavant, à la nouvelle cité-état de Babylone, le chevalier Yannick se trouvait à la petite bibliothèque du manoir de Bradley, dans les sous-sols. Après s’être lavé sommairement, il s’y était rendu dans l’idée de trouver de la documentation sur l’élémancie. En chemin il croisa un garde qu’il commençait à reconnaitre et qui lui rendit sa salutation. Fouillant les rayonnages dans la pièce éclairée par le plafond grâce à l’électricité, il sortit quelques ouvrages: livres d’histoires, de contes, un traité sur la technomancie ainsi qu’un autre sur l’élémancie. Les livres et les contes arborés un titre traitant des éléments, ce qui attira son regard. Emportant finalement l’ouvrage sur la technomancie et celui sur l’élémancie, il alla s’installer à l’une des deux tables. Chacune d’elle pouvait accueillir trois personnes, et une pile de livres posés bloquaient une place si on ne les déplaçaient pas. S’installant le bras gauche ballant, il se mit à lire le petit traité d’élémancie:
" Dans cet ouvrage, je souhaite que tout un chacun puisse prendre connaissance de ce qui l’entoure et de la force primale des éléments. … "
On parlait de l’opposition et de la hiérarchisation des éléments; des incarnations; de ce qui était supposé être au commencement: le tout de manière sommaire mais relativement claire. L’on y détaillait aussi quelques sorts basique sur chaque élément, accompagné de dessins rappelant les katas des arts-martiaux.
La soirée s’installait gentiment et, pendant quelques heures, il parcourut les lignes, sa concentration lui permettant d’oublier rapidement la routine du va-et-vient. Finissant pas se relever alors que les lumières du plafond vacillaient, il estima ne pas avoir le temps de poursuivre sa lecture et rangea le second livre, mémorisant l’emplacement et se dépêchant de ranger avant de retourner dans sa chambre. Peu après sa sortie, la pièce fut plongée dans l’obscurité.

Entrant dans sa pièce, un plateau repas était posé sur la table, et l’attendaient avec lui; une soupe aux herbes, de la viande séchée tout comme un morceau de pain. Non loin, mais à côté de l’ensemble, une petite fiole sombre contenant une étiquette, et un petit bol. Le jeune homme s’installa, mangeant ce qui lui fut servi. Puis il se saisit de la fiole sur laquelle on pouvait lire " Bois moi! " et observa l’intérieur du bol. Dans ce dernier, une petite boule sphérique noirâtre à l’allure de gâteau ou de biscuit . Un " Mange moi! " fut découvert sur la papier l’enrobant.
Se doutant qu’il s’agissait là d’une facétie de Bradley, il avala les contenu.
La mixture liquide avait un goût âcre et un relent de ferraille lui parcourut le palais puis la gorge, accompagné par différentes herbes. Après observation, la sphère devait plus tenir du biscuit de pars ça texture croquante. Une petite note chocolatée masqua comme elle put l’âcreté de ce dernier.

Il se changea ensuite, reprenant sa tenue tâchée de son sang qu’il avait, sûrement à tort, délaissée ce matin.
Puis il alla s’allonger, attendant que quelqu’un passe où qu’il ne se fasse emporter par le sommeil. Après quelques minutes, la porte s’ouvrit et Yannick se redressa pour vérifier qui était l’arrivant, lançant un “oui?”. Juste un garde qui entra et débarrassa le tout avant de déposer quelque chose sur la table. Le saluant, il alla voir le papier sur lequel était indiqué: “Dans la salle d’entrainement quand tu lires ceci.”
Arquant un sourcil, il s’y rendit, croisant Graden dans le couloir. Ce dernier le regarda passer, relachant la fumée de son cigare tandis que le jeune homme lui fit sa salutation.

Dans la grande pièce, Bradley était attablé à l’endroit habituel et Yannick s’approcha en se tenant le bras.
- Vous vouliez me voir? demanda-t-il.
- Oui, pour ton bras. Je dois refaire un prélèvement. Installe toi.
Le jeune homme obtempéra, remontant la manche de son bras gauche tout en le plaçant sur la table, puis présenta une veine.
- As-tu des questions? S’enquit le comte tout en piquant afin de remplir deux fioles.
- Pas dans l’immédiat.
- La légère anémie risque de te …. donner quelques vertiges. Ne fais rien de trop éprouvant, cela va de soi. Bonne soirée.

Opinant à nouveau, Le chevalier parti. Mais, en passant la porte de la salle d’entrainement, il eut une légère chute de tension et du prendre appui contre le mur avant que le tout ne se calme. Sans plus d’encombre et sans croiser personne, il se dirigea vers sa chambre où il finit par tomber petit à petit dans le sommeil. Il se réveilla sous la lumière blanche allumée à son plafond. Une fois qu’il s’habitua à la lumière, il distingua un plateau repas déposé sur la table. Se levant, il alla manger, tentant par la même occasion de bouger vainement son bras. Du pain, des morceaux de fromages, des fruits secs et un café froid l’attendaient. Bien qu’inquiet pour son bras, il finit tranquillement ce qui lui était proposé. Puis, il s’installa sur le lit dans l’attente d’éventuel instruction. Le soldat passa, emportant le plateau, mais comme il ne laissa pas plus d’instructions, Yannnick se dirigea vers la bibliothèque.

Là, Aria Volgaren était installée à une table encombrée, plongée dans la lecture. Le jeune homme la salua puis se mit en quête des livres de la veille qu’il trouva d’ailleurs aisément. Il se posa à l’autre meuble en face de la cathare. Ayant pratiquement finit le petit traité sur l’élémancie, il s’attela d’abord à le terminer avant de passer au livre sur la technomancie.
“Si tenté que l’on respecte les lois de la physique et de la chimie, tout semble à portée de l’Homme. Pourtant… "
L’ensemble était relativement dense, lourd, peu accessible. Des dessins de mécanismes assez complexes illustraient les pages et accompagnaient parfois le texte, le tout dans un ensemble assez indigeste.
Ne comprenant rien, il referma le livre et rangea les livres. Aria, absorbée par sa lecture ne le remarqua pas s’absenter.

Il chercha ensuite quelques choses au sujet des coutumes de nobles dans l’idée de parfaire ses manières, mais aussi quelques ouvrages traitant de la famille Schrödinger. Il ne trouva qu’un livre avec un titre anglais:
“How to Pick Up Fair Maidens”
Ne sachant lire ceci, il le remit en place et retourna dans sa chambre, laissant la cathare à sa lecture.
En chemin, il croisa Graden allant vers la salle d’entrainement. Il le salua en passant tandis que le grand chevalier lui répondit d’un hochement de tête.
En chambre, Il usa de la petite bassine en bois, du savon et du gant de toilette pour se laver et passa le reste de la journée à se reposer, jouant à faire apparaitre une flamme de temps en temps dans sa main valide. On vint déposer ses repas et les rechercher, laissant découvrir fiole et biscuit âcres dans la soirée, avec un mot, le même que celui de la soirée précédente.

Néanmoins cette fois, en sortant de la chambre, il fut désorienté. Parvenant néanmoins à la salle d’entrainement, non sans hésiter quels couloirs emprunter, il salua le comte et se réinstalla comme la veille. Le même rituel s’en suivit, ainsi que les mêmes questions.
- Et bien… je demanderais bien pour mon bras, mais je suppose que vous n’êtes pas sûr pour lui? s’enquit le jeune homme.
- Ce sont, entres autres, les nerfs qui sont touchés. Ce n’est pas si simple et je n’ai pas que ce travail. Mais réjouis-toi, tu n’as pas d’infections.
- S’est toujours ça de gagné… et je suppose que je n’aurais rien à faire tant que cette question n’est pas réglée?
- Oh, tu voudrais faire quelque chose?
- J’ai cherché à lire hier et aujourd’hui… occuper ma journée… J’ai cherché sur l’élémancie et la technomancie… tantôt j’ai fini le premier mais le second… je ne suis pas fais pour. Donc si vous avez quoi que ce soit à me faire faire… ou de la lecture en attendant, annonça le jeune homme en haussant les épaules.
- Peut être oui. J’ai besoin d’ingrédients.
- De quelle sorte? Le jeune homme pencha la tête, cherchant à comprendre.
Des plantes, majoritairements. Le problème étant que mes recherches me demandent plus de temps. Et avec les événements récents, je ne peux pas envoyer du monde les chercher. Elles poussent dans la forêt d’Orochi. Mais s’aventurer hors des chemins n’est pas sûr, et encore moins sans un bras, tu penses t’en sortir?
- Me défendre avec un bras de moins… Je peux essayer… Le problème est que je ne m’y connais pas en plantes, déclara-t-il en se grattant la tête.
- Je te donnerai des dessins. Tu n’auras pas de peine à les reconnaitre.
- Alors comme ça je peux essayer. Besoin d’autres chose?
- Non. Je te conseil d’y aller demain matin, de nuit n’est vraiment pas la meilleur idée, sauf si tu as des tendances suicidaires.
- idéalement, je n’ai pas prévu de mourir. Cela sera fait. Se levant doucement il s’apprêtait à partir mais se retint pour demander si Shida allait bien.
- Elle est occupée, et moi aussi. Elle avait l’air d’aller bien.
Opinant avant de partir, il ajouta: “Bonne soirée, Comte.”
- Bonne soirée.

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Course poursuite ajournée
Vingtième session:

Course poursuite ajournée
D’un mouvement rapide de tête, le centaure observa la direction de l’ordre, puis l’endroit supposé de la carriole avant de reporter son attention sur ses trois opposants. Au même moment, Arramenorat indiquait à Eïrstios que sa collègue l’appelait tandis que Pascal préparait ses kunaïs afin de s’en prendre au centaure. Instinctivement, le moine acrobate suivit du regard le mouvement de tête et ses yeux eurent à peine le temps d’identifier la menace d’une volée de couteaux de lancer qu’il tenta de stopper en envoyant ses kunaïs. L’un dévia l’autre, mais un couteau se logea néanmoins superficiellement dans son épaule droite et l’autre égratigna le bras de Tul qui avait profité de la distraction. En effet, il avait tenté de frapper Eïrstios mais ce dernier avait bloqué l’assaut venant de sa gauche avant de reculer encore d’un pas et que l’acier n’atteigne les moines. Un tracé se dessina sur le sol et les trois compagnons reculèrent juste avant qu’un mur de flamme ne se dresse, masquant leur vision. À leur gauche, un énorme chat noir bondissait dans leur direction.

Tentant d’anticiper ses mouvements, Pascal put déterminer plus ou moins précisément l’endroit où la créature arriverait quand elle passerait à leur auteur, Tul et Arramenorat s’apprêtant à frapper, peu importe l’impact ou les conséquence. La léonindar arriva devant le minotaure, le surprenant par son alacrité. Alors qu’elle allait poursuivre son chemin, Pascal parvint néanmoins à la toucher au ventre d’un coup de pied mais ne put constater d’effet immédiat, et elle bondit, disparaissant dans les flammes pour réapparaitre, continuant sa course.

Quelques secondes auparavant, lorsque l’ordre d’Orianne avait retenti, Emilio fut tiré de la lecture de la lettre trouvée en fouillant Edmond. Il jaugea la situation et, après une courte hésitation, s’élança à la poursuite de la charrette. Déjà plus de soixante mètres parcourue par cette dernière, alors qu’il n’en avait que bien moins. Il s’arrêta après une course de quelques courtes minutes, observant la distance grandissante qui le séparait de son objectif. Il cria de frustration: “Putain de charrette!”

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Un pour un
Dix-neuvième session

En chemin vers le Nord, le moine Arachens Tul se remémorait l’entrée de ses autres compagnons d’aventures.
La charrette bâchée dans laquelle il se trouvait s’était arrêtée avant qu’un homme ne commence à décharger les caisses entreposées à ses côtés. Une fois quelques unes déposées, le marchand retira deux planches de la carriole et souleva la bouche d’égout, peu avant de reprendre sa routine. Quelques instants plus tard, apparu dans l’embouchure un crâne en grande partie dégarni sur le dessus, aussitôt suivi d’une barbe à la Franz Joseph, fournie, pour compenser le manque de cheveux.
- Bonjour, on se connait non? demanda le nouvel arrivant tout en s’installant, le fixant d’un regard dénotant de rouerie.
- Probablement, votre visage ne me parait pas inconnu. Vous êtes? l’arachens l’observa de ces yeux livides.
- Edmond, enchanté. Avez-vous connaissance d’un certain Ravark? Un arachens lui aussi.

Alors que l’on répondait par la négative, un jeune homme, élancé, passait à son tour pour s’assoir au côté du technomancien, saluant nonchalamment l’arachens.
- Et comment te nomme-t-on? questionna Edmond.
- On me nomme Tul. Quelles sont vos talents?
Tandis que les réponses suivirent, ce fut un autre jeune homme qui éleva ses cheveux mi-longs et bruns foncés hors des égouts. Puis vint le minotaure, qui peina à entrer dans la charrette, discutant auparavant de qui de lui ou d’Elisa entreraient. La jeune femme rousse arriva donc en dernier. Le marchand finit son travail, ne laissant qu’une ou deux caisses, il remit en place la plaque et les planches.

Alors que le groupe progressait depuis quelques heures, ponctuées de pauses et de quelques échanges, une question s’imposa. La mémoire du mineur lui revint et par conséquent il demanda à Tul s’il ne s’était pas croisé durant une mission d’investigation sur une affaire de drogue, à Ashencol. Ce qui fut confirmé. La mémoire revint aussi à la jeune noble ainsi qu’à Pascal, resituant l’action. Puis, le moine commença à discuter avec le cocher qui s’appelait Roger. Il leur expliqua qu’il était marchand, bien entendu, avant d’avertir qu’ils passeraient par le village de Clair-ruisseau. L’homme marquerait leur parcourt de pauses avant qu’il n’arrive à la frontière. On lui demanda ce qu’il savait sur le village, s’il avait des spécialités, et il le leur décrit. Doté d’environ trois cent à quatre cent habitants, l’endroit possède deux écuries; une caserne, dirigée fermement par le capitaine Mortimer Black; une bibliothèque; le comptoir commercial de Kraft; ainsi qu’une chapelle. D’ailleurs, le clergé n’avait pas une influence très forte là-bas.

Le commerçant averti qu’il ferait prochainement une halte, d’ici à une heure sans doute. La décision fut approuvée par l’ensemble, Edmond indiquant que l’homme pourrait ainsi reposer son dos, et eux, le leur.
La charrette ralentit l’allure, puis s’arrêta, et l’on demanda pourquoi. Une jeune femme se tenait là, accompagné d’un homme élancé. Le technomancien descendit, suivit du minotaure, et, reconnaissant la jeune femme, soupira en marmonnant: “Ils me feront chier jusqu’ici.” Elle avait les cheveux noirs et courts descendant jusqu’à sa nuque alors que ses yeux violets en amande vinrent se fixer sur le mineur se rapprochant. Du haut des ses un mètre soixante, un sourire malicieux apparut sur son visage au petit nez. Malgré sa taille, elle paraissait athlétique. L’homme à ses côté, lui, était grand et semblait bouillir d’impatience, martelant le sol du pied. Ses cheveux bruns attachés en queue de cheval, laissait fièrement apparaitre des oreilles allongées finissant en pointe.
- Tu n’es toujours pas là où tu devrait être. Pourquoi te rends-tu vers le Nord?
- Bon, écoute, je suis spécialisé dans le domaine. Je sais où je dois me rendre pour trouver ce que je cherche.
- Ouai ouai. L’un des problèmes, c’est que tu as été payé en avance.
- Si ce n’est que ça, on va trouver un arrangement. Je peux rendre l’avance. Qu’est-ce qu’il a le chaton? annonça le mineur à l’intention de l’autre homme.
- ça serait déjà un début. Et évite de trop le provoquer, il est sur les nerfs. Bref, on est là aussi pour autre chose, annonça la léonindar, sortant un document, ainsi qu’une image représentant Elisa. Tu la reconnais non? Elle est toujours avec vous me semble-t-il.

Arramenorat demanda à Edmond si tout allait bien et, n’ayant de réponse, s’appuya contre la charrette et observa la situation, bientôt rejoint par Pascal et Emilio.
- D’ailleurs tu n’aurais pas vu Aries par hasard? Demanda la femme au technomancien.
- Non.
- C’est curieux, vu qu’elle devait se trouver au même endroit que toi.
- Si elle avait un soucis, je serais sans doute l’un des premiers à aller l’aider.
- OÙ EST ARIES?! lui hurla dessus le centaure, le saisissant au col.
- Je vous ai dit que je ne savais pas, réplica Edmond tout en gardant sa contenance. Et tu vois ces cicatrices sur ma joue? Ce sont celles faite par l’un des sénéchaux d’Orzovha, ce n’est donc pas un chaton comme toi qui va m’effrayer.

L’hystérios mâle grogna et le souleva cette fois au dessus du sol à l’aide de ses deux mains. Mais le mineur n’étant toujours pas intimidé pour autant, Eïrstios, le centaure, le balança au sol de frustration tandis qu’Orianne s’éloignait vers le groupe en attente à la charrette. Un bruit de verre brisé ce fit entendre lorsque le technomancien percuta l’herbe de son dos. Il vérifia son sac. Une bouteille d’alcool était brisée. Il en saisit les restes qu’il balança sur l’hystérios mâle lui tournant le dos. Peu après, deux orbes de feux percutèrent le sol non loin d’Edmond, ne le brulant que légèrement.

Montrant l’image à Emilio, Orianne fut prise en aparté par ce dernier, bien qu’ils furent suivis par la curiosité de Tul, et ceux malgré les gestes répétés du fusilier pour indiquer que tout irait bien. Orianne et Emilio se mirent à discuter, après que le frontalier eut lu la lettre. Il était écrit, par le père d’Elisa, qu’il fallait la ramener, si possible sans la blesser, car un mariage l’attendait. Le moine Arachens aperçut que le fusilier montrait quelque chose à la léonindar mais ne put distinguer de quoi il s’agissait. Puis, une insulte à l’intention d’Edmond de la part d’Orianne, et Emilio indiquer qu’il devait sans doute y avoir une erreur dans le document car, connaissant le père très protecteur d’Elisa, il n’indiquerait pas ce “si possible”. L’hystérios femelle répliqua que ce n’était pas son problème, mais qu’il n’aurait pas de soucis à ce faire car ils prendraient un grand soin d’elle contrairement à d’autres groupes qui pourrait venir la chercher. Le frontalier n’était pas convaincu et indiqua qu’il accepterait s’il pouvait venir avec eux. À contrecœur sembla-t-il, Orianne accepta. Il lui dit d’attendre car Emilio allait avertir Elisa afin de mieux faire passer la nouvelle, bien qu’il avait une toute autre idée en tête, qui était de lui faire passer une balle au travers de celle-ci.

Au même instant, Edmond se relevait tranquillement sous le regard embrasé d’Eïrstios.
- Pas les bouteilles… annonça le mineur, tout en se relevant et s’essuyant.
- Toujours pas besoin d’aide? demanda Arramenorat.
- Je t’ai pas sonné le beefsteak. Je m’en sors très bien tout seul. Je t’appellerai si j’ai besoin de toi pour combattre le chaton, indiqua le technomancien alors qu’il arrivait à proximité du groupe. Puis, il ajouta quelques piques bien senties à l’intention du centaure. Peu après, un bruit de galop se fit alors entendre. Eïrstios les chargeait sous sa forme animal, avant qu’un mur de flamme l’enveloppe soudainement, telle une seconde peau, pendant que sa course s’accélérait.

Dans la charrette, Elisa entendit le coché presser ses chevaux et le tout se mit en branle. Puis, quelques secondes après, un choc violent secoua la carriole, arrachant l’arrière droit de celle-ci, envoyant la jeune femme dans les pommes en lui faisant percuter de son front le banc opposé. À l’extérieur, peu auparavant, Pascal s’éloignait de la charrette alors qu’Edmond et Arramenorat s’apprêtèrent à recevoir le cheval furieux. Le technomancien, à gauche du minotaure, sortit sa chaine et une réplique:
- Voilà, là il est temps de me montrer ce que tu vaux, beefsteak.
- Pas trop tôt, répondit le barbare moulinant une fois l’une des bardiches avant de la saisir à deux main, se préparant à la frappe.
Quasiment au dernier moment, le centaure changea brusquement de direction, bousculant Edmond à l’instant même au Arramenorat abaissa sa hache, manquant l’hystérios mais plaquant au sol le technomancien d’un coup violent amplifié par la rage.

Eïrstios traversa la charrette, frôlant Tul qui s’apprêtait à y monter, dégageant tellement de chaleur qu’il le brûla légèrement. Peu après l’impact, Pascal s’élança à la poursuite du centaure tandis qu’Emilio accourut auprès d’Edmond et lui porta les premiers secours, donnant en même temps les instructions au minotaure encore sous le choc de voir l’ouverture dans le dos de compagnon de voyage et autant de sang en couler. D’ailleurs, il avait aussi sûrement brisé quelques os. Ne pouvant aider plus, il rejoignit Pascal et Tul faisant face à Eïrstios, laissant Emilio dans un certain déni. Edmond était bel et bien mort, mais il tentait tout pour le maintenir en vie.
Le moine acrobate avait profité du moment où l’hystérios se tournait pour les charger à nouveau afin de s’en rapprocher et de lui balancer un coup de poing dans le museau. L’action fit s’arrêter le cheval qui reprit, dans un nuage de vapeur, une forme humanoïde. Presque instantanément, Tul apparu au côté de Pascal, qui s’était remis en garde, et envoya un coup de pied dans la garde de l’hystérios. Arramenorat en profita aussi pour les rejoindre et frapper, sa force augmentée par la rage. L’attaque blessa leur opposant qui recula avant que trois orbes de feu n’apparaissent au dessus de ses épaules et ne viennent percuter l’arachens. Puis, un ordre retentit de la part d’Orianne: “Eïrstios, la charrette!”

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Tailler dans le vif
Arc du chevalier Yannick

L’attaque de l’agresseur était prévisible suite à son énervement. D’un mouvement du regard, il suivit la lame de Yannick qui vint trancher sa main directrice soulevant quelques secondes auparavant la dague. Par réflexes, la main valide de l’assaillant tenta vainement de garroter l’autre alors qu’il poussait un hurlement de douleur et reculait. Derrière lui, plus loin des cris retentirent aussi. L’avant-bras gauche du jeune chevalier plaqua l’homme contre le mur, appuyant sur sa gorge et lâchant un: “Rend-toi, rat!”
Malgré la pression exercée et la douleur, l’homme le fixa sans ciller: “Va… cre…ver…”
Yannick plissa les yeux, forçant sur la gorge: “Ta intérêt d’être coopératif… sinon tu vas crever lentement.”
L’agresseur ne le lâcha pas du regard, sous entendent qu’il ne coopèrerait pas.

Une vive douleur se fit ressentir à l’endroit où la dague s’était logée, forçant le jeune chevalier à lâcher la pression, et même lâcher tout court. Ayant préalablement rangé son épée peu après avoir plaqué son opposant, il le saisit et l’envoya à terre, s’aidant de sa jambe. La tête arriva d’ailleurs hauteur des pieds de Graden. Jetant un rapide coup d’œil vers l’endroit où se trouvait la caisse, Yannick constata qu’elle n’y était plus et s’était décalé dans son dos, continuant son chemin paisible en suivant le flot de l’eau.
- Je vous le laisse, Ser Bartolomé, indiqua le jeune homme, s’avançant en déposant un genoux sur le bord pour arrêter l’objet flottant.
Dès qu’il l’eut fait, il ne sentit plus son bras gauche. Un bruit sec de métal se planta dans la chair se fit entendre, suivit d’un autre indiquant que quelque chose percutait l’eau. Quelques secondes plus tard, une silhouette flotta, allant taper mollement dans la caisse en se laissant porter par le courant. Yannick tira la caisse sur le rebord à l’instant où une lumière vint l’éclairer, découvrant un vase scellé en céramique qui s’avérait y être attaché. Tentant de l’ouvrir de son bras valide, une voix s’éleva à côté de lui:
- Tiens ça, lui signala Graden, tendant la torche. Dès qu’il l’eut saisie, l’homme le souleva d’une main, prit le vase et coupa la corde.
- Merci… répliqua Yannick, tout en observant l’état de son coude.

La blessure était profonde. Plusieurs tendons avaient dût être sectionné. À cause des mouvements récents, du sang en coulait encore un peu et il ne faisait pas bon de rester dans un endroit pareil avec une blessure de ce type. Graden lui présenta un cigare, préalablement allumé, pour qu’il puisse le saisir facilement à la bouche:
- ça t’aidera pas à l’faire aller, mais ça t’aidera à pas y penser.
Un arôme fort et assez enivrant l’emparant lorsqu’il tira une bouchée, et il toussota. En évacuant la fumée, le stresse sembla partir avec elle.
- Je comprends mieux pourquoi vous en fumez… Bon… on ouvre le vase?
Alors qu’il terminait sa question, le chevalier chauve s’éloignait déjà, emportant le conteneur avec lui et se dirigeant vers un Bradley visiblement épuisé.

D’étranges symboles semblables à un alphabet s’étalaient autours, et dans, un cercle, comprenant lui même d’autres cercles, triangles et autres figures incompréhensibles. Il avait lu ça? Il reconnaissait ça?
- Besoin de repos? demanda Yannick
- J’ai finis ce que j’avais à faire. On va y aller, signala le comte.
- Et pour ce que transportaient ces maraudeurs?
Bradley examina le vase que lui tendit Graden tandis que le jeune chevalier se rapprochait, torche en main.
- Hum… Ce n’est ni le moment ni l’endroit, répliqua Bradley. Puis il ajouta, regardant le bras ballant: “Je ne pense pas que tu veuilles perdre ton bras voyons.”
- ça serait pas mal…
Ils se dirigèrent vers la sortie, puis jusqu’au manoir, repassant par les égouts pour y retourner, repassant les lourdes portes.

Déjà, Graden les laissa tandis que le comte déposait le vase sur la table et demandait au jeune homme de s’assoir. Ce dernier le fit, profitant de l’absence pour retirer quelques pièces d’armures autour du bras. Puis, le comte s’en alla un instant pour revenir plus tard, examinant la blessure et prélevant un peu de sang.
- J’espère que je ne suis pas trop un poids…
- Tu as protégé beaucoup de gens. Tu devrais en être fière.
- Beaucoup? Yannick arqua un sourcil interrogateur.
- Indirectement, par tes actions. Ce n’est pas le plus aisé à voir dans l’immédiat, mais sur le long terme, tu verras que tes actions en auront aidé beaucoup. Oh, si tu préfères tirer une tout autre satisfaction, tu es en vie, et ton amie aussi.
- Hmm… J’attends de voir avant de tirer une quelconque fierté. Et pour Shida… lorsque je ne serais pas sur le terrain, je pourrais la voir, ou a-t-elle à présent un planning chargé? demanda-t-il en se frottant la nuque.
- ça ne dépend pas de moi, mais d’elle. Lui répondit-on en souriant.
Bradley banda la plaie après l’avoir nettoyée et reprit:
- Pour ton bras, il va falloir attendre quelque temps avant que je puisse t’en rendre l’usage.
- Elle semblait pas très enthousiaste à me parler à vrai dire… mais bon… Autre chose à me faire faire ici?
- Non, tu peux disposer. Ton repas sera servi dans tes quartiers.
Opinant, Yannick commença à finir de retirer le reste de son armure, son contorsionnant pour le plastron et vidant les quelques pièces logées dans son gants.
Embarquant le vase et s’apprêtant à passer la porte, Bradley s’arrêta et signala que la salle d’entrainement lui était dorénavant libre d’accès, tout comme la petite bibliothèque.

Avant de s’y rendre dans l’idée de s’instruire sur l’élémancie, il décida de passer par ses quartiers pour déposer ses affaires. Il y découvrit une bourse contenant cent pièces d’argent, quatre Manz et deux pièces d’or. S’estimant plutôt heure de cette nouvelle entrée, il glissa ces quatre pièces d’argent dans la bourse avant de la ranger sous l’oreiller, dans un coin du lit, et de se rendre à la bibliothèque.

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Jeune flamme
Arc du chevalier Yannick

Le jeune homme, lance à l’épaule, suivit Bradley qui marchait tranquillement dans les rues, se dirigeant en bordure d’un palier de la ville. Le chevalier et garde du corps, Graden Bartolomé, emboita le pas aussitôt leur sortie de la bijouterie.
- C’est loin? demanda Yannick.
- Une demi-heure, trois quart d’ici, en marchant à ce rythme, lui répondit le comte.
- Vu le temps à mettre… j’ai peut être une ou deux questions à vous poser… Si vous permettez.
- Vas-y. La masse en armure en profita pour passer devant, ouvrant le pas.
- Shida m’a annoncé que vous aller vous marier. ça m’a surpris sur le coup… Comme vous l’avez sous-entendu, je ne la connais pas comme… vous semblez la connaitre. Pourriez-vous m’éclairer à ce sujet? s’essaya Yannick.
- Et que veux-tu savoir précisément?
- Qu’est-elle ou qu’a-t-elle que j’ignore? Je suppose que si vous répondez à ça, je comprendrais la raison de ce mariage.
- Voilà une question on ne peut plus vague. Peut-être puis-je répondre à la première partie, mais je suppose que tu sais déjà qui elle est.
- De ce que je sais d’elle, c’est qu’elle faisait partie d’une troupe de théâtre jusqu’au jour où elle et la troupe se sont fait attaquer par des brigands…. Plus que tant… C’est pour ça que je trouve étrange qu’un comte se marie avec. Je suppose donc qu’il y a plus.
- Ne puis-je simplement pas être tombé amoureux d’une roturière? Ou peut être que j’honore ma part d’un contrat? Voir les deux.
Le jeune homme haussa les épaules avant de signaler:
- Vous pouvez, mais en si peu de temps et demander un mariage… Je trouve cela plutôt gros à vrai dire.
- Oh, je ne savais pas que tu faisais aussi office de conseil du cœur? Et je ne me souviens pas d’avoir émit une quelconque notion de temps. Soucie toi de toi avant de te soucier d’elle, car elle est saine et sauve. C’est ce que tu voulais, non?

Le jeune homme ne répondit pas, laissant planer un moment de silence tandis qu’ils déambulaient dans les rues. Puis, il rompit le silence d’une question:
- Vous auriez des livres ou conseil sur l’élémancie? J’ai pris un moment hier soir pour tenter de lancer une boule de feu, mise à part faire brûler mes poings, rien à fonctionner.
- Voilà qui est fort navrant. Le conseil que je puis te donner est le suivant: “Concentre toi à drainer ton énergie vers ta paume en visualisant une orbe que tu devrais façonner, puis donne l’impulsion avec ta vitae, comme une si cette dernière était une canne de billard tapant dans boule.” Tu vois ce qu’est le billard, n’est-ce pas? L’orbe ne sera pas propulsée sinon et restera dans ta main. Si tu ne la façonne pas, ce ne sera qu’une simple flamme.
- Je visualise, oui. Merci, opina Yannick sans ajouter un mot jusqu’à l’endroit vers lequel ils allaient bientôt arriver.

Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent en bordure d’un palier. La vue s’étalait du mur, s’élevant pour former le nouveau sol sur lequel ils tenaient, vers les bâtissent amassées plus bas et les nouveaux anneaux formant la fin des paliers. Finalement, ils devaient bien être au sommet de la ville. À quelques pas d’eux, un aqueduc cascadait vers un rebord légèrement plus bas où coulait une eau claire. Le groupe s’était éloigné des habitations et quelques gardes patrouillaient en périphérie. On désigna au jeune homme une échelle descendante. Graden s’y aventura en premier, le temps pour le jeune homme de vérifier que sa lance et son bouclier était bien attaché. Une fois qu’il jaugea le tout correctement attaché, il descendit et arriva sur un rebord assez large non loin duquel coulait l’eau avant de se diriger vers l’intérieur de la ville, en passant par une grille.

Bradley les rejoignit et, une fois que la porte en fonte fut ouverte, ils se retrouvèrent à l’intérieur, une fois que Graden eut déverrouillé une porte en fonte non loin. Ceci fait, ce dernier se saisit d’une torche à proximité et l’alluma. Tout en suivant l’eau, le groupe s’avança vers l’obscurité s’étalant à quelques mètres de lui et s’y engouffra. Puis, Le comte finit par s’arrêter, plusieurs pas après un détour. Pendant un instant très bref, le jeune homme eut l’impression d’apercevoir eut une très légère vibration dans l’air, juste devant le comte.
- Vous avez senti ça, comte? demanda le chevalier en penchant la tête.
- Tu parles de l’enchantement d’Aria je pense? Observe. Bradley fit un pas en avant et sembla disparaitre.
Plissant les yeux, Yannick s’étonna, quelques peu incrédule:
- Wow…. J’ai dû, je crois, sentir ça… ok… c’est quoi exactement ça?
Le comte reparut et lui indiqua de venir, ce que fit le jeune homme. Devant lui se tenait Bradley, à la gauche de ce dernier, un sceau qui n’était pas perceptible, et, en se retournant, on pouvait voir Graden.
- La zone est consacrée. On ne t’y entend pas, et on ne t’y voit pas. J’ai du travail, maintenant, et cela prendra plusieurs heures. Surveillez l’endroit.
Comme on ne pouvait venir que d’en face, ou de derrière, Yannick laissa à Graden le choix du côté, puis attendit.
Après avoir terminé sa phrase, Bradley apposa ses mains sur le mur et ferma les yeux tandis que l’homme chauve les dépassait pour se poster à l’opposé du jeune homme. Avant de se retourner pour entamer sa surveillance, Yannick aperçut des traits qui partir de l’endroit où le comte alchimiste avait ses mains, formant sur le mur… d’étranges lettres? Le jeune homme semblait reconnaitre les formes, ils les avaient déjà vues quelques parts, ils pouvaient même… le lire. Il fut saisit d’une légère sensation de vertige et s’appuya au mur. Lorsqu’il releva la tête, il croisa le regard visiblement interloqué de Graden, dos contre pierre, avant que ce dernier ne se remette à observer sa partie de corridor. Le jeune homme se mit à surveiller aussi.

Deux heures environs s’écoulèrent dans un silence quasi-total. Il aperçut un petit bateau en coquille de noix passer dans l’eau et eut la curieuse sensation d’être observé pendant quelques instants, semblant distinguer une silhouette dans l’obscurité à quelques mètres. Puis, plus rien. Il déposa sa lance contre le mur et approcha, une main sur le pommeau de l’épée, l’autre allumant une flamme dans sa paume pour éclairer où il allait. S’approchant, il distingua la lueur d’une torche peu avant qu’une série de couteaux de lancer vienne percuter sa main et le balafre au visage, arrachant une gerbe de sang sous l’œil gauche et sous la lèvre gauche. Par réflexe, il ferma sa paume et fit quelques pas à reculons. Tirant son épée au clair, il cria: “Par là!”

Tandis que derrière lui le cliquetis de l’armure de Graden retentissait, il entendit:
- Chier! On s’casse!
- Mais… la caisse?
L’une des trois silhouettes sortit une dague à hauteur de son torse et fit signe aux autres de partir pendant que Yannick chargeait la personne la plus proche. Arrivant à son contact, il abattit sa lame. L’inconnu tenta d’esquiver, mais l’épée suivit la course et l’entailla. Visiblement, il ne portait qu’une armure légère en cuir. Juste après sa tentative d’esquive manquée, l’homme se déroba sur le côté gauche du jeune homme et vint frapper, avec la dague, entre les plaques de l’armure, au niveau du bras gauche. La lame s’enfonça dans la chair et l’agresseur recula pour esquiver le dégagement de Yannick qui sentit un liquide chaud couler sur son coude. Pour l’instant, il parvint à ignorer la douleur.

Au même moment, Graden passa au côté du jeune chevalier, s’élançant vers les deux ombres fuyantes qui le distançait peu à peu. Pendant ce temps, une caisse flottait tranquillement en suivant le cours d’eau. La notant, Yannick profita de la distraction offerte par la charge de l’homme chauve, qui voulut bousculer l’agresseur, pour reculer. Se concentrant, le jeune chevalier parvint, en se remémorant des dires de Bradley, à générer une orbe de feu qu’il lança vers son assaillant. Ce dernier recula, criant à l’impact, avant de lancer: “Crevure!” et de se ruer, dague au clair, sur le chevalier se préparant déjà à parer.

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